
Une réflexion autour du Livre de la cité des dames de Christine de Pizan.
Proposée par l’Atelier Élan des Mots – WikiFiction
animée par Dany Orler
« Construire ensemble une mémoire littéraire au féminin. »
Christine de Pizan s'interroge.
« presque tous les ouvrages, tous les philosophes, poètes, orateurs dont il serait bien long de dire les noms, semblent parler d’une même voix et s’entendre sur une même conclusion, à savoir que les femmes sont portées au vice et pleines de tous les défauts. » (I, 1)
Née en 1364 dans une famille vénitienne accueillie à la cour de France en 1368.
Père érudit l'incite à étudier (contre l’usage de l’époque).
Veuve à 25 ans, elle vivra de sa plume (exceptionnel à l’époque).
Elle devient homme de lettres très prolifique.
Elle s’exerce à de nombreux genres (chronique, autobiographie, poésie, philosophie).
Elle crée son propre atelier de copie et assure la diffusion de son œuvre (autoédition).
Récit allégorique mêlant histoire et mythologie.
Support à des réflexions politiques et philosophiques autour de la place de la femme dans la société de son époque.
Réflexions pourtant en résonance avec notre XXIe siècle.
Premier récit féministe de l’histoire ?
Divisé en trois livres supervisés par Raison, Droiture et Justice, suivant le modèle des miroirs médiévaux appliqué à la défense des femmes.
| Procédé | Exemple / fonction |
|---|---|
| Allégorie | Raison, Droiture, Justice incarnent des valeurs. |
| Dialogisme | Christine interroge, les dames répondent. |
| Accumulation | Listes de femmes illustres, effet de masse. |
| Renversement | Les défauts deviennent vertus. |
| Autorité retournée | Citation d’auteurs pour les contredire. |
L'œuvre mêle translatio et inventio : Christine recycle les sources (Boccace) mais change leur signification.
Chacune apportera une pierre : fondations, murs, couronnement.
« Je ne dois pas douter que toute entreprise, quelle qu’elle soit, conduite avec votre conseil et votre aide à toutes trois, ne puisse bel et bien être menée à son terme. » (I, 7)
Christine creuse la terre :
Réfutation des vices attribués aux femmes par Mathéolus, Ovide, Cecco d’Ascoli, Albert le Grand, Cicéron, Caton d’Utique, Boccace...
« Dieu et Nature ont beaucoup fait pour les femmes en leur donnant la faiblesse [physique], car au moins, grâce à cet agréable défaut, elles sont dispensées de commettre les actes violents, les meurtres et exactions qui ont été et sont sans cesse commis de par le monde, au nom de la force. » (I, 14)
Éloge de Sémiramis reine de Babylone qu’« aucun homme ne surpassa en vigueur et en force », qui « finit par conquérir et soumettre presque tout l’Orient ». Christine ne trouve nulle raison de la blâmer à propos de sa cruauté, de ses mœurs légères, de son mariage incestueux. (I, 15)
Elle cite ensuite plusieurs Amazones, la reine des Francs Frédégonde, Camille des Volsques, la reine de Cappadoce Bérénice, la courageuse Clélie qui libéra des vierges prises en otage par les Romains.
Christine est elle-même la preuve qu’une femme peut devenir érudite et dépasser bien des hommes sur le plan intellectuel. Raison cite d’autres femmes savantes : Cornificia, Probe la Romaine, Sappho, Mantô, Médée, Circé.
Inventions féminines : alphabet latin (Carmenta), agriculture (Cérès), jardinage (Isis), tissage (Arachné), soie (Pamphile). Artistes : Timarète, Irène la Grecque, Marcia la Romaine, l’enlumineuse Anastaise (collaboratrice de Christine), l’oratrice et chanteuse Sempronie.
La première partie s’achève sur le discernement des femmes avec Didon, Gaïa, Lavine.
On observe dans cette première partie :
– dialogue avec l’allégorie Raison,
– accumulation des exemples,
– renversement (faiblesse devenue avantage),
– autorité retournée (mise en parallèle du De claris mulieribus de Boccace).
Les sibylles, prophétesses antiques, annoncent des vérités divines, démontrant la clairvoyance féminine.
Exemples de femmes aimantes.
Peuplement du royaume de Féminie par des épouses loyales, sachant garder un secret ou bien conseiller leur mari.
Grands biens que les femmes ont faits en ce monde : paix et spiritualité.
Les femmes doivent faire des études, elles n’aiment pas être violées, elles sont chastes, fidèles et vertueuses.
Justice fait entrer des saintes dans la cité.
Discours de Christine aux dames.
Dialogisme moins présent.
Véritable catalogue des saintes.
Les sources sont plus neutres (ni renversement ni autorité retournée).
Christine s'engage dans un débat virulent contre les partisans de Jean de Meun. Elle dénonce la représentation obscène et misogyne des femmes. Cette querelle est le laboratoire de la Cité des Dames.
« Contre les malebouches et détracteurs. »
Les enluminures du Harley 4431 (vers 1410) mettent en scène Christine écrivant, offrant son livre, ou dialoguant avec les vertus. La matérialité du livre renforce son autorité.
Installation de Judy Chicago (1979). Christine de Pizan y figure parmi les 1038 femmes de l'histoire. La Cité des Dames préfigure ces entreprises de mémoire collective.
« La Cité des Dames, une mémoire pour l'avenir. »