« Doc:Hermès Trismégiste » : différence entre les versions

De WikiFiction
Admin (discussion | contributions)
Admin (discussion | contributions)
 
(17 versions intermédiaires par le même utilisateur non affichées)
Ligne 8 : Ligne 8 :


{{B}}
{{B}}
Au III<sup>e</sup> siècle siècle avant J.-C., Hermès était déjà assimilé à la divinité égyptienne Thoth, qui paraît auprès d'Isis quand elle cherche à rendre vie aux membres d'Osiris. Thoth fut également assimilé à Moïse (-II<sup>e</sup> siècle). Dès le III<sup>e</sup> siècle avant J.-C, une partie de la littérature grecque ésotérique paraît avoir été attribuée à Hermès. Des livres d'alchimie, d'astrologie, de théosophie, constituent ce qu'on appelle les ''Hermetica'' et se présentent sous forme d'écrits révélés par le dieu Hermès, mais de plus en plus souvent aussi par Hermès Trismégiste, comme c'est le cas pour le ''Corpus Hermeticum'', l’''Asclepius'', les Fragments dits de Stobée — textes datant du II<sup>e</sup> ou du III<sup>e</sup> siècle de notre ère. Dans le Fragment XXIII de Stobée (''Livre Sacré d'Hermès Trismégiste'', ou ''Pupille du monde'' — ''Korè Kosmou''), on lit qu'Hermès fut envoyé par Dieu dans notre monde pour y enseigner, y faire connaître la gnosis et cesser l'agnosie ou ignorance, en s'adressant à quelques disciples élus. Hermès se montre là intendant et administrateur du Maître de l'Univers, au point qu'on peut voir en lui le principal acteur — après le Dieu suprême — du drame anthropogonique. Le qualificatif ''Trismégiste'', employé à partir du IIi<sup>e</sup> siècle de notre ère, paraît lié au caractère tricéphale du Mercure appartenant aux mondes céleste, terrestre et souterrain, mais on y verra au cours des siècles bien d'autres significations.
Au III<sup>e</sup> siècle avant J.-C., Hermès était déjà assimilé à la divinité égyptienne Thoth, qui paraît auprès d'Isis quand elle cherche à rendre vie aux membres d'Osiris. Thoth fut également assimilé à Moïse (-II<sup>e</sup> siècle). Dès le III<sup>e</sup> siècle avant J.-C, une partie de la littérature grecque ésotérique paraît avoir été attribuée à Hermès. Des livres d'alchimie, d'astrologie, de théosophie, constituent ce qu'on appelle les ''Hermetica'' et se présentent sous forme d'écrits révélés par le dieu Hermès, mais de plus en plus souvent aussi par Hermès Trismégiste, comme c'est le cas pour le ''Corpus Hermeticum'', l’''Asclepius'', les Fragments dits de Stobée — textes datant du II<sup>e</sup> ou du III<sup>e</sup> siècle de notre ère. Dans le Fragment XXIII de Stobée (''Livre Sacré d'Hermès Trismégiste'', ou ''Pupille du monde'' — ''Korè Kosmou''), on lit qu'Hermès fut envoyé par Dieu dans notre monde pour y enseigner, y faire connaître la gnosis et cesser l'agnosie ou ignorance, en s'adressant à quelques disciples élus. Hermès se montre là intendant et administrateur du Maître de l'Univers, au point qu'on peut voir en lui le principal acteur — après le Dieu suprême — du drame anthropogonique. Le qualificatif ''Trismégiste'', employé à partir du III<sup>e</sup> siècle de notre ère, paraît lié au caractère tricéphale du Mercure appartenant aux mondes céleste, terrestre et souterrain, mais on y verra au cours des siècles bien d'autres significations.
{{C}}
{{C}}


Ligne 25 : Ligne 25 :
[[Fichier:Mariæ hebrææ symbolvm - Michael Maier.jpg|600px|thumb|center|Marie la Juive, illustration de l’alchimiste Michael Maier (1617)]]
[[Fichier:Mariæ hebrææ symbolvm - Michael Maier.jpg|600px|thumb|center|Marie la Juive, illustration de l’alchimiste Michael Maier (1617)]]
</div>
</div>
Marie la Juive est à Zosime, ce que Socrate est à Platon : nous ne la connaissons qu’à travers lui et de nombreux alchimistes ultérieurs se référeront à elle très probablement à travers les textes de Zosime de Panopolis sur lequel nous reviendrons plus bas.
Marie la Juive est à Zosime, ce que Socrate est à Platon : nous ne la connaissons qu’à travers lui et de nombreux alchimistes ultérieurs se référeront à elle très probablement à travers les textes de Zosime de Panopolis sur lequel nous reviendrons plus bas (voir [[#Zosime de Panopolis (IIIe-IVe- siècles)]])
: [[#Zosime de Panopolis (IIIe-IVe- siècles)]]  


Si on considère Zosime comme le premier auteur de traités alchimiques, on doit admettre que c’est une femme qui a fondé l’alchimie, en terre égyptienne et au moment où il commençait à être question d’écrits d’Hermès Trismégiste.
Si on considère Zosime comme le premier auteur de traités alchimiques, on doit admettre que c’est une femme qui a fondé l’alchimie, en terre égyptienne et au moment où il commençait à être question d’écrits d’Hermès Trismégiste.
Ligne 40 : Ligne 39 :
----
----


== Clément d’Alexandrie (143-215) ==
== Clément d’Alexandrie (~143-215) ==
; Un premier père de l’Église présente la littérature d’Hermès Trismégiste, le trois fois grand venu de la plus haute Antiquité égyptienne.
; Un premier père de l’Église présente la littérature d’Hermès Trismégiste, le trois fois grand venu de la plus haute Antiquité égyptienne.


Ligne 61 : Ligne 60 :
Dans [https://remacle.org/bloodwolf/eglise/lactance/instit1.htm#_ftnref7 ''Institutions divines'', Livre premier, chapitre VI] (Remacle), Lactance nous présente un cinquième Mercure,
Dans [https://remacle.org/bloodwolf/eglise/lactance/instit1.htm#_ftnref7 ''Institutions divines'', Livre premier, chapitre VI] (Remacle), Lactance nous présente un cinquième Mercure,
<div>
<div>
[[Fichier:Lactantius.jpg|200px|thumb|left|Probable portrait de Latance. Peinture murale du quatrième siècle]]
[[Fichier:Lactantius.jpg|200px|thumb|left|Probable portrait de Lactance. Peinture murale du quatrième siècle]]
</div>
</div>
{{B}}
{{B}}
Ce fut celui qui, ayant tué Argus, chercha dans l'Egypte un asile contre le ressentiment de Junon. Pendant le séjour qu'il y fit, il donna aux Égyptiens la connaissance des lettres, et leur dicta des lois; et ces peuples par reconnaissance donnèrent son nom[ au premier mois, bâtirent en sa mémoire une ville que les Grecs appellent encore aujourd'hui Hermopolis, et lui rendirent tous les honneurs qu'on ne rend qu'à la divinité. Quoique ce prétendu dieu des Saïtes ne fût en effet qu'un homme, ce fut un homme extraordinaire : il rassembla en lui tout ce que la nature et l'art peuvent produire de lumières, et il posséda dans un degré si éminent les connaissances acquises et infuses, qu'elles lui méritèrent le glorieux nom de Trismégiste. Il écrivit plusieurs livres des choses qui concernent la religion. Il y établit la grandeur, la souveraine puissance et l'unité de Dieu, et il lui donne, comme nous, le nom de Dieu et de Père.
Ce fut celui qui, ayant tué Argus, chercha dans l'Egypte un asile contre le ressentiment de Junon. Pendant le séjour qu'il y fit, il donna aux Égyptiens la connaissance des lettres, et leur dicta des lois; et ces peuples par reconnaissance donnèrent son nom au premier mois, bâtirent en sa mémoire une ville que les Grecs appellent encore aujourd'hui Hermopolis, et lui rendirent tous les honneurs qu'on ne rend qu'à la divinité. Quoique ce prétendu dieu des Saïtes ne fût en effet qu'un homme, ce fut un homme extraordinaire : il rassembla en lui tout ce que la nature et l'art peuvent produire de lumières, et il posséda dans un degré si éminent les connaissances acquises et infuses, qu'elles lui méritèrent le glorieux nom de Trismégiste. Il écrivit plusieurs livres des choses qui concernent la religion. Il y établit la grandeur, la souveraine puissance et l'unité de Dieu, et il lui donne, comme nous, le nom de Dieu et de Père.
{{C}}
{{C}}


Ligne 78 : Ligne 77 :
[[Fichier:Testa di plotino, III secolo, dalla domus del filosofo.JPG|200px|thumb|left|]]
[[Fichier:Testa di plotino, III secolo, dalla domus del filosofo.JPG|200px|thumb|left|]]
</div>
</div>
La pensée du néoplatoniste Plotin, contre les gnostiques proches des préceptes d’Hermès Trismégiste, présente pourtant certains points communs avec ceux-ci, au point qu’on dira plus tard qu’il s’en est inspiré (voir plus bas [[#Marsile Ficin (1433-1499)]]
La pensée du néoplatoniste Plotin, contre les gnostiques — dont les idées sont nées dans le même terreau culturel de l’Égypte helléniste et romaine — présente pourtant certains points communs avec ceux-ci, au point qu’on dira plus tard qu’il s’en est inspiré (voir plus bas [[#Marsile Ficin (1433-1499)]]




Ligne 103 : Ligne 102 :


{{B}}
{{B}}
Mais si tu proposes quelque question philosophique, nous la déterminerons pour toi elle aussi selon les antiques siècles d’Hermès, que Platon déjà auparavant et Pythagore avaient scrutés pour constituer leur philosophie.
Mais si tu proposes quelque question philosophique, nous la déterminerons pour toi elle aussi selon les antiques siècles d’Hermès, que Platon déjà auparavant et Pythagore avaient scrutés pour constituer leur philosophie. (I, 2)
{{C}}
{{C}}


Ligne 208 : Ligne 207 :
A-t-il écrit tous les ouvrages qu’on lui attribue ? Probablement pas mais les alchimistes, en se cachant, induisent toujours beaucoup de légendes.
A-t-il écrit tous les ouvrages qu’on lui attribue ? Probablement pas mais les alchimistes, en se cachant, induisent toujours beaucoup de légendes.


En tout cas, on voit que l’hermétiste a déjà traversé quatorze siècles par la voix des chrétiens, des néoplatonismes, des alchimistes et autres magiciens.  
En tout cas, on voit que l’hermétiste a déjà traversé quatorze siècles par la voix des chrétiens, des néoplatonistes, des alchimistes et autres magiciens.  


Dans [https://www.arbredor.com/ebooks/BibPhilo2.pdf Bibliothèque des philosophes alchimiques ou hermétiques T. II] (Arbre d’or, 2008 - paru 1741), voir : ''''' Le Livre de N. Flamel ; Le Sommaire Philosophique de N. Flamel ; Le Désir Désiré de N. Flamel.'''''
Dans [https://www.arbredor.com/ebooks/BibPhilo2.pdf Bibliothèque des philosophes alchimiques ou hermétiques T. II] (Arbre d’or, 2008 - paru 1741), voir : ''''' Le Livre de N. Flamel ; Le Sommaire Philosophique de N. Flamel ; Le Désir Désiré de N. Flamel.'''''
Ligne 218 : Ligne 217 :


----
----
== Marsile Ficin (1433-1499) ==
== Marsile Ficin (1433-1499) ==
; Traduction latine du ''Corpus hermeticus''
; Traduction latine du ''Corpus hermeticus''
Ligne 225 : Ligne 225 :




Marsile Ficin extrait de l’ombre, en les traduisant en latin, en 1471, à la demande de Cosme de Médicis (1389-1464), les textes d’Hermès Trismégiste qu’il situe comme un auteur éclairé ayant vécu avant Moïse.  
Marsile Ficin extrait de l’ombre, en les traduisant en latin, dès 1463, à la demande de Cosme de Médicis (1389-1464), les textes d’Hermès Trismégiste qu’il situe comme un auteur éclairé ayant vécu avant Moïse. Le texte sera publié pour la première fois en 1471.
 
 
: ←  Marsilio Ficino (1433–1499), gravure par de Boulonois (1682) - Wellcome Collection
: ←  Marsilio Ficino (1433–1499), gravure par de Boulonois (1682) - Wellcome Collection


Ligne 252 : Ligne 250 :
[...]
[...]


Dans ce monde où, dans les cercles ecclésiastiques français et peut-être même dans le mouvement capucin qui entoure Henri III, fleurit l’hermétisme cahtolique, voici que fait éruption Giordano Bruno, un Giordano Bruno qui proclame un hermétisme résolument magique, qui se réjouit de la magie de l’''Asclépius'', et qui élève la magie ficinienne à des sommets dont Ficin n’avait jamais rêvé ! (p.243)
Dans ce monde où, dans les cercles ecclésiastiques français et peut-être même dans le mouvement capucin qui entoure Henri III, fleurit l’hermétisme catholique, voici que fait éruption Giordano Bruno, un Giordano Bruno qui proclame un hermétisme résolument magique, qui se réjouit de la magie de l’''Asclépius'', et qui élève la magie ficinienne à des sommets dont Ficin n’avait jamais rêvé ! (p.243)
{{C}}
{{C}}


Ligne 261 : Ligne 259 :


----
----
== Isaac Casaubon (1559-1614) ==
== Isaac Casaubon (1559-1614) ==
; La fin du mythe Hermès Trismégiste
; La fin du mythe Hermès Trismégiste
Ligne 268 : Ligne 267 :
</div>
</div>


En 1614, Isaac Casaubon démontre, en relevant des références à certains auteurs plus récents, ainsi que par une analyse du vocabulaire et du style des écrits du pseudo Hermès Trismégistes, que ceux-ci datent du début de l’ère chrétienne et sont influencés par le platonisme et le christianisme naissant — et non l’inverse.
En 1614, Isaac Casaubon démontre, en relevant des références à certains auteurs plus récents, ainsi que par une analyse du vocabulaire et du style des écrits du pseudo Hermès Trismégiste, que ceux-ci datent du début de l’ère chrétienne et sont influencés par le platonisme et le christianisme naissant — et non l’inverse.
{{B}}
{{B}}
Il veut bien reconnaître qu’un personnage du nom d’Hermès Trismégiste ait réellement existé dans la plus haute antiquité, mais celui-ci ne pouvait être, en aucune façon, l’auteur des textes qui lui étaient attribués.
Il veut bien reconnaître qu’un personnage du nom d’Hermès Trismégiste ait réellement existé dans la plus haute antiquité, mais celui-ci ne pouvait être, en aucune façon, l’auteur des textes qui lui étaient attribués.
Ligne 280 : Ligne 279 :
Plus loin, l’historienne note cependant quelques auteurs ultérieurs réactionnaires : Robert Fludd (1574-1637) et d’autres rosicruciens restent fidèles aux visions de Ficin et de Bruno ; Athanasius Kircher (1602-1680) jésuite orientaliste passionné de hiéroglyphes égyptiens, « situe Hermès Trismégiste à l’époque d’Abraham et le considère implicitement comme l’auteur véritable des œuvres qui lui sont attribuées. » (p.485)  
Plus loin, l’historienne note cependant quelques auteurs ultérieurs réactionnaires : Robert Fludd (1574-1637) et d’autres rosicruciens restent fidèles aux visions de Ficin et de Bruno ; Athanasius Kircher (1602-1680) jésuite orientaliste passionné de hiéroglyphes égyptiens, « situe Hermès Trismégiste à l’époque d’Abraham et le considère implicitement comme l’auteur véritable des œuvres qui lui sont attribuées. » (p.485)  


Bien qu’acceptant la critique de Casaubon, le Jésuite Henry More (1586-1661) voit un enseignement authentiquement égyptien dans les ''Hermetica'' (p.492-497). Cette source égyptienne est également défendue par Ralph Cudworth (1617-1688), platonicien de Cambridge (p.497-502)
Bien qu’acceptant la critique de Casaubon, Henry More (1586-1661) voit un enseignement authentiquement égyptien dans les ''Hermetica'' (p.492-497). Cette source égyptienne est également défendue par Ralph Cudworth (1617-1688), platonicien de Cambridge comme Henry More (p.497-502)


Frances Yates conclut :
Frances Yates conclut :
Ligne 298 : Ligne 297 :
; Persistance d’une figure divine
; Persistance d’une figure divine


→ [https://www.academia.edu/38685002/DOM_ANTOINE_JOSEPH_PERNETY_DICTIONNAIRE_MYTHO_HERMETIQUE Dictionnaire mytho-hermétique que Dom Antoine-Joseph Pernety]
→ [https://www.academia.edu/38685002/DOM_ANTOINE_JOSEPH_PERNETY_DICTIONNAIRE_MYTHO_HERMETIQUE Dictionnaire mytho-hermétique de Dom Antoine-Joseph Pernety]


Pernety continue de voir un savant en Hermès Trismégiste tout en reconnaissant les ''fables'' qui tournent autour de son histoire, sans plus de précision.
Pernety continue de voir un savant en Hermès Trismégiste tout en reconnaissant les ''fables'' qui tournent autour de son histoire, sans plus de précision.
Ligne 313 : Ligne 312 :


----
----
== André-Jean Festugière (1898-1982) ==
== André-Jean Festugière (1898-1982) ==
; Une somme d’érudtion tirée d’Hermès Trismégiste
; Une somme d’érudtion tirée d’Hermès Trismégiste
Ligne 339 : Ligne 339 :




Jean-Pierr Mahé se lance à son tour dans une analyse savante du ''Corpus hermeticum'' au vue des nouvelles découvertes de Nag Hammadi.
Jean-Pierre Mahé se lance à son tour dans une analyse savante du ''Corpus hermeticum'' au vue des nouvelles découvertes de Nag Hammadi.


Des textes grecs, coptes et arméniens confirment les sources grecques du ''Corpus'' mais on y reconnaît également des enseignements égyptiens.
Des textes grecs, coptes et arméniens confirment les sources grecques du ''Corpus'' mais on y reconnaît également des enseignements égyptiens.
Ligne 358 : Ligne 358 :


----
----
== Garth Fowden (né en 1953) ==
== Garth Fowden (né en 1953) ==
; Les débats ne sont pas clos
; Les débats ne sont pas clos
Ligne 371 : Ligne 372 :
{{Bib:GF-HE}}
{{Bib:GF-HE}}


→ [https://www.persee.fr/doc/rhr_0035-1423_1989_num_206_3_1809  Garth Fowden. The Egyptian Hermes. A Historical Approach to the Late Pagan Mind] : compte-rendu par Nicole Genaille (Revue de l'histoire des religions, 1989)
→ [https://www.persee.fr/doc/rhr_0035-1423_1989_num_206_3_1809  Garth Fowden. The Egyptian Hermes. A Historical Approach to the Late Pagan Mind] : compte rendu par Nicole Genaille (Revue de l'histoire des religions, 1989)




<div>
[[Fichier:Hermes Trismegistus by J.A.Knapp.jpg|250px|thumb|right|J. Augustus Knapp (1853–1938) : Hermes Trismegistus standing on the back of Typhon, illustration in ''the book The Secret Teachings of All Ages'' by Manly P. Hall, published in 1928)]]</div>
----
----
== Conclusion ==
== Conclusion ==
; Hermès, figure d’érudition
; Hermès, figure d’érudition


Magie, astrologie, alchimie, religion, médecine, gnose, philosophie sont ainsi empreints pendant près de vingt siècles de textes écrits par un collectif d’anonymes constituant un solide support de réflexion mêlant une grande variété de courants de pensée.
Magie, astrologie, alchimie, religion, médecine, gnose, philosophie sont ainsi empreints pendant près de vingt-trois siècles de textes écrits par un collectif d’anonymes constituant un solide support de réflexion mêlant une grande variété de courants de pensée.


Hermès Trismégiste aura finalement joué le rôle attribué au dieu Hermès de faire communiquer entre eux des esprits séparés par des distances et des époques, créant une sorte de noosphère.
Hermès Trismégiste aura finalement joué le rôle attribué au dieu Hermès de faire communiquer entre eux des esprits séparés par des distances et des époques, créant une sorte de noosphère.

Dernière version du 30 août 2026 à 15:29

sous-dossier de Mercure


De Hermès à Hermès Trismégiste[modifier]

Dieu devenu Hiérophante (hieros, le sacré, et phainein, révéler)

Au IIIe siècle avant J.-C., Hermès était déjà assimilé à la divinité égyptienne Thoth, qui paraît auprès d'Isis quand elle cherche à rendre vie aux membres d'Osiris. Thoth fut également assimilé à Moïse (-IIe siècle). Dès le IIIe siècle avant J.-C, une partie de la littérature grecque ésotérique paraît avoir été attribuée à Hermès. Des livres d'alchimie, d'astrologie, de théosophie, constituent ce qu'on appelle les Hermetica et se présentent sous forme d'écrits révélés par le dieu Hermès, mais de plus en plus souvent aussi par Hermès Trismégiste, comme c'est le cas pour le Corpus Hermeticum, l’Asclepius, les Fragments dits de Stobée — textes datant du IIe ou du IIIe siècle de notre ère. Dans le Fragment XXIII de Stobée (Livre Sacré d'Hermès Trismégiste, ou Pupille du mondeKorè Kosmou), on lit qu'Hermès fut envoyé par Dieu dans notre monde pour y enseigner, y faire connaître la gnosis et cesser l'agnosie ou ignorance, en s'adressant à quelques disciples élus. Hermès se montre là intendant et administrateur du Maître de l'Univers, au point qu'on peut voir en lui le principal acteur — après le Dieu suprême — du drame anthropogonique. Le qualificatif Trismégiste, employé à partir du IIIe siècle de notre ère, paraît lié au caractère tricéphale du Mercure appartenant aux mondes céleste, terrestre et souterrain, mais on y verra au cours des siècles bien d'autres significations.

Extrait de Conférence de Antoine Faivre

Voir aussi :



Marie la Juive (fin du IIe siècle)[modifier]

Mère de l’Alchimie
Marie la Juive, illustration de l’alchimiste Michael Maier (1617)

Marie la Juive est à Zosime, ce que Socrate est à Platon : nous ne la connaissons qu’à travers lui et de nombreux alchimistes ultérieurs se référeront à elle très probablement à travers les textes de Zosime de Panopolis sur lequel nous reviendrons plus bas (voir #Zosime de Panopolis (IIIe-IVe- siècles))

Si on considère Zosime comme le premier auteur de traités alchimiques, on doit admettre que c’est une femme qui a fondé l’alchimie, en terre égyptienne et au moment où il commençait à être question d’écrits d’Hermès Trismégiste.

Les femmes alchimistes (Grégoire Brissé) (Dervy, 2025)

Dans Bibliothèque des philosophes alchimiques ou hermétiques T. I (Arbre d’or, 2008 - paru 1741), lire Le Dialogue de Marie et d’Aros



Clément d’Alexandrie (~143-215)[modifier]

Un premier père de l’Église présente la littérature d’Hermès Trismégiste, le trois fois grand venu de la plus haute Antiquité égyptienne.

Dans Les Stromates, livre sixième, chapitre IV (Wikisource), Clément d’Alexandrie affirme que les Grecs ont pillé leurs doctrines aux Indiens et aux Égyptiens. Ces derniers, d’après ce Père de l’Église, tenaient leur enseignement des « quarante-deux livre d’Hermès »

Sur ce nombre, trente-six renferment la philosophie des Égyptiens que doivent connaître dans toutes ses parties les prêtres [...]

Les six autres livres [...] ont pour objet la médecine et se subdivisent ainsi : organisation humaine, maladies, instruments, remèdes, affections des yeux, maladies particulières aux femmes. Sans entrer ici dans de plus longs détails, tel est l’ensemble de la philosophie égyptienne.

Ainsi, dès le IIe siècle de l’ère chrétienne, on parle d’un Hermès, le Thot égyptien, dieu qui s’est fait homme, ce qui n’est pas sans rappeler le Christ... Pas vraiment étonnant de la part d’un Père de l’Église.

André Thévet (–1592) : Clement d’Alexandrie, de 1, folio 5 recto de Les vrais pourtraits et vies des hommes illustres grecz, latins et payens (1584) →


Lactance (250-325)[modifier]

L’hermétisme se construit en même temps que le christianisme

Dans Institutions divines, Livre premier, chapitre VI (Remacle), Lactance nous présente un cinquième Mercure,

Probable portrait de Lactance. Peinture murale du quatrième siècle

Ce fut celui qui, ayant tué Argus, chercha dans l'Egypte un asile contre le ressentiment de Junon. Pendant le séjour qu'il y fit, il donna aux Égyptiens la connaissance des lettres, et leur dicta des lois; et ces peuples par reconnaissance donnèrent son nom au premier mois, bâtirent en sa mémoire une ville que les Grecs appellent encore aujourd'hui Hermopolis, et lui rendirent tous les honneurs qu'on ne rend qu'à la divinité. Quoique ce prétendu dieu des Saïtes ne fût en effet qu'un homme, ce fut un homme extraordinaire : il rassembla en lui tout ce que la nature et l'art peuvent produire de lumières, et il posséda dans un degré si éminent les connaissances acquises et infuses, qu'elles lui méritèrent le glorieux nom de Trismégiste. Il écrivit plusieurs livres des choses qui concernent la religion. Il y établit la grandeur, la souveraine puissance et l'unité de Dieu, et il lui donne, comme nous, le nom de Dieu et de Père.

Plus précisément encore que Clément, Lactance voit d’abord — sans doute possible — le dieu Thot incarné dans un homme. Dieu fait homme, trinité, les points communs entre hermétisme et christianisme sont une évidence.



Plotin (205-270)[modifier]

Des idées hermétistes chez des non hermétistes

La pensée du néoplatoniste Plotin, contre les gnostiques — dont les idées sont nées dans le même terreau culturel de l’Égypte helléniste et romaine — présente pourtant certains points communs avec ceux-ci, au point qu’on dira plus tard qu’il s’en est inspiré (voir plus bas #Marsile Ficin (1433-1499)


← Buste romain antique conservé au Museo Ostiense (Ostie antique). Tête en marbre. L'identification à Plotin est plausible mais non prouvée.


Catégorie:Plotin : les Ennéades



Jamblique (250-330)[modifier]

Hermès s’invite aussi chez les néoplatoniciens

Les Mystères d’Égypte (Jamblique) (Belles Lettres, 2003) (paru vers 320)


Jamblique successeur de Porphyre, lui-même successeur de Plotin, à la tête de l’école néoplatonicienne, commence son ouvrage en affirmant que la philosophie grecque provient d’une très lointaine sagesse égyptienne enseignée par Hermès.

Mais si tu proposes quelque question philosophique, nous la déterminerons pour toi elle aussi selon les antiques siècles d’Hermès, que Platon déjà auparavant et Pythagore avaient scrutés pour constituer leur philosophie. (I, 2)

Jamblique, gravure sur cuivre de Johann Theodor de Bry pour le *Tractatus posthumus de divinatione & magicis præstigiis* de Jean-Jacques Boissard (1528–1602), Oppenheim, 1615. Bibliothèque nationale d'Espagne La légende indique :
Il eût mieux valu pour nous de ne pas connaître l'avenir :
Car je suis contraint de subir les décrets du destin sous la colère de Valens.


Marcelin Berthelot in his laboratory

Zosime de Panopolis (IIIe-IVe- siècles)[modifier]

L’Alchimiste grec en terre d’Égypte a jeté les bases de ce qui constituera l'alchimie de langue arabe et l'alchimie médiévale européenne, pendant près de quinze siècles. Héritier de Marie la Juive, il s’appuie aussi sur les préceptes d’Hermès.
#Marie la Juive (fin du IIe siècle)

Dans la collection des anciens alchimistes grecs de Marcellin Berthelot (1827-1907) (Remacle), les textes de Zosime de Panopolis se réfèrent à Hermès (34 occurrences du nom)


Dessin d'alambic des manuscrits alchimiques grecs (Laurentianus graecus 86, 16 fol.85r), avec une légende moderne (2015)



Augustin d’Hippone (354-430)[modifier]

Transmission par réfutation

Dans La Cité de Dieu VIII.23-26 (Wikisource), Augustin, en s’opposant à l'hermétisme lui offre une postérité dans la mémoire latine médiévale.


Quand il déplore la ruine future de ce culte, qui pourtant, de son propre aveu, ne doit son existence qu’à des hommes pleins d’erreurs, d’incrédulité et d’irréligion, notre égyptien écrit ces mots dignes de remarque : « Alors cette terre, sanctifiée par les temples et les autels, sera remplie de sépulcres et de morts ». Comme si les hommes ne devaient pas toujours être sujets à mourir, alors même que l’idolâtrie n’eût pas succombé !

L’hermetisme chez Augustin par Pier Franco Beatrice - Trad. Jean-Michel Roessli (Academia, 2005)

Sandro Botticelli (1445–1510) Saint Augustin dans son cabinet de travail (1490-94) →



Hugo de Santalia (XIIe siècle)[modifier]

Table d’émeraude en latin

Une première version latine de La table d’émeraude est traduite de l’arabe au XIIe siècle par Hugues de Santalla.

Françoise Hudry (éd.), « Le De secretis nature du ps.-Apollonius de Tyane, traduction latine par Hugues de Santalla du Kitâb sirr al-h̲alîqa », Chrysopœia , 6, 1997-1999 [2000 compte rendu par Jean-Marc Mandosio (Archivum Latinitatis Medii Aevi, 2004 - Persée)

← Jābir ibn Ḥayyān



Albert le Grand (~1200-1280)[modifier]

Durant tout le moyen âge, les alchimistes colportent l’idée d’un Hermès antique qui aurait inspiré Pythagore, Platon et tous les héritiers de leur pensée.

Saints et magiciens : Albert Le Grand en face d’Hermès Trismégiste par Loris Sturlese (Archives Philosophiques, 1980)

Cet article nous montre comment le théologien, disciple de Thomas d’Aquin et alchimiste Albert le Grand se référa à Hermès Trismégiste qu’il considérait comme porteur d’une sagesse antique antérieure à Pythagore.

L'ancienneté d'Hermès se précise cinq fois dans le cadre de la succession chronologique et doctrinale Hermes-Socrate-Platon et deux fois comme antériorité par rapport à Pythagore.

← Tommaso da Modena (–1379) : Albertus Magnus (1352) - fresque



Roger Bacon (~1220-~1292)[modifier]

Doctor mirabilis (« Docteur admirable »), « le génie le plus vaste et le plus complet qui, dans cette longue période, se soit produit en Europe. » (Louis Figuier, Vies et savants illustres, 1870).


Comme de nombreux alchimistes, Roger Bacon se réfère à Hermès Trismégiste.


Il cite un certain Hermès le Grand dans → Traité sur la Teinture et l’Huile d’Antimoine (Roger Bacon) (Vivat)

Notons toutefois que certaines œuvres qui lui sont attribuées ne sont pas de lui.


← Roger Bacon. Gravure au pointillé, 1786.



Nicolas Flamel (~1335-1418)[modifier]

L’alchimiste fortuné

A-t-il fait fortune en transmutant le plomb en or ?

... Ou plus banalement grâce à ses spéculations immobilières et une épouse nantie ?

A-t-il écrit tous les ouvrages qu’on lui attribue ? Probablement pas mais les alchimistes, en se cachant, induisent toujours beaucoup de légendes.

En tout cas, on voit que l’hermétiste a déjà traversé quatorze siècles par la voix des chrétiens, des néoplatonistes, des alchimistes et autres magiciens.

Dans Bibliothèque des philosophes alchimiques ou hermétiques T. II (Arbre d’or, 2008 - paru 1741), voir : Le Livre de N. Flamel ; Le Sommaire Philosophique de N. Flamel ; Le Désir Désiré de N. Flamel.

Illustration du Livre des figures hiéroglyphes de Nicolas Flamel (1612)



Marsile Ficin (1433-1499)[modifier]

Traduction latine du Corpus hermeticus


Marsile Ficin extrait de l’ombre, en les traduisant en latin, dès 1463, à la demande de Cosme de Médicis (1389-1464), les textes d’Hermès Trismégiste qu’il situe comme un auteur éclairé ayant vécu avant Moïse. Le texte sera publié pour la première fois en 1471.

← Marsilio Ficino (1433–1499), gravure par de Boulonois (1682) - Wellcome Collection

Contenta in hoc volumine Pimander : texte d’origine de Marsile Ficin (1505)

Le Pimandre de Mercure Trismégiste : première traduction française (1574) par François de Foix-Candale

Marsile Ficin (1433-1499) (Raymond Marcel) (Belles Lettres, 2007) (paru en 1958)


Fidus: Giordano Bruno, Giordano Bruno, aquarelle, craies de couleur, bronze doré et crayon sur papier vélin, 1900. 60 x 50 cm (1900)

Giordano Bruno (1548-1600)[modifier]

Interprétation antichrétienne de l’hermétisme

Giordano Bruno et la tradition hermétique (Frances-Amelia Yates) (Dervy, 2013) (paru en 1962)

Pour Bruno, les faux “Mercures” chrétiens ont supprimé la religion égyptienne qui leur était supérieure — une interprétation antichrétienne de l’hermétisme qui sera étayée par de nombreuses preuves tirées de l’œuvre de Bruno plus tard (p.234)

[...]

Dans ce monde où, dans les cercles ecclésiastiques français et peut-être même dans le mouvement capucin qui entoure Henri III, fleurit l’hermétisme catholique, voici que fait éruption Giordano Bruno, un Giordano Bruno qui proclame un hermétisme résolument magique, qui se réjouit de la magie de l’Asclépius, et qui élève la magie ficinienne à des sommets dont Ficin n’avait jamais rêvé ! (p.243)

Par ailleurs, Frances Yates remarque, après Eugenio Garin, « Bruno a emprunté la quasi totalité de sa liste de trente-six images des décans »* au savant ésotérique Henri-Corneille Agrippa de Nettesheim (1486-1535), auteur de La philosophie occulte ou la magie (Wellcome Collection)

* images traitées dans → Les ombres des idées (Giordano Bruno) (Vrin, 2024) (paru en 1582)
Notons au passage le féminisme de Corneille Agrippa qui a aussi écrit De l’excellence et de la supériorité de la femme (Wikisource)



Isaac Casaubon (1559-1614)[modifier]

La fin du mythe Hermès Trismégiste
Isaak Casaubon par Georg Wolfgang Knorr (1705–1761 : Source : Alfred Gudeman: Imagines philologorum, Berlin/Leipzig 1911, S. 9.

En 1614, Isaac Casaubon démontre, en relevant des références à certains auteurs plus récents, ainsi que par une analyse du vocabulaire et du style des écrits du pseudo Hermès Trismégiste, que ceux-ci datent du début de l’ère chrétienne et sont influencés par le platonisme et le christianisme naissant — et non l’inverse.

Il veut bien reconnaître qu’un personnage du nom d’Hermès Trismégiste ait réellement existé dans la plus haute antiquité, mais celui-ci ne pouvait être, en aucune façon, l’auteur des textes qui lui étaient attribués.

explique Frances Yates (p.467) in

Giordano Bruno et la tradition hermétique (Frances-Amelia Yates) (Dervy, 2013) (paru en 1962)
Portrait de Frances Yates (1899-1981) dessiné en noir et blanc (2022) - travail personnel.

Plus loin, l’historienne note cependant quelques auteurs ultérieurs réactionnaires : Robert Fludd (1574-1637) et d’autres rosicruciens restent fidèles aux visions de Ficin et de Bruno ; Athanasius Kircher (1602-1680) jésuite orientaliste passionné de hiéroglyphes égyptiens, « situe Hermès Trismégiste à l’époque d’Abraham et le considère implicitement comme l’auteur véritable des œuvres qui lui sont attribuées. » (p.485)

Bien qu’acceptant la critique de Casaubon, Henry More (1586-1661) voit un enseignement authentiquement égyptien dans les Hermetica (p.492-497). Cette source égyptienne est également défendue par Ralph Cudworth (1617-1688), platonicien de Cambridge comme Henry More (p.497-502)

Frances Yates conclut :

Car les Hermetica, à l’époque comme maintenant, n’ont pas été discrédités en tant que documents éminemment importants d’une expérience religieuse, du fait d’avoir été en fait datés correctement. (p.502)

Voir aussi → Science et tradition hermétique (Frances-Amelia Yates) (Alia, 2018) (paru en 1967-1977)



Antoine-Joseph Pernety (1716-1796)[modifier]

Persistance d’une figure divine

Dictionnaire mytho-hermétique de Dom Antoine-Joseph Pernety

Pernety continue de voir un savant en Hermès Trismégiste tout en reconnaissant les fables qui tournent autour de son histoire, sans plus de précision.

Hermès. Surnommé Trismégiste, ou trois fois grand, est regardé comme le père de l'Alchymie, qui de lui a pris le nom d'Art Hermétique. Il était Égyptien, et le plus savant homme connu jusqu'à présent. Voyez son histoire et les fables qu'on a inventées à son sujet dans le premier livre des Fables égyptiennes et grecques dévoilées.

HERMÈS est aussi le nom que quelques Chymistes ont donné au nitre. Blancart.

HERMÈS ODORANTE. C'est le kermès, suivant Raymond Lulle.

HERMÈS est encore un des noms, et le nom propre du mercure des Philosophes, parce qu'il est en effet le mercure des corps et particulièrement celui de tous les individus du règne minéral.



André-Jean Festugière (1898-1982)[modifier]

Une somme d’érudtion tirée d’Hermès Trismégiste

André-Jean Festugière analyse finement le Corpus hermeticum, dans une approche savante et non plus occultiste comme celle des alchimistes. Il n’appréhende plus les textes dans une perspective spirituelle mais avec un regard critique de philologue et d’historien. Il y reconnaît principalement une pensée grecque.

Il publie → La révélation d’Hermès Trismégiste (André-Jean Festugière) (Belles Lettres, 2023) (paru en 1944-1954 en quatre volumes)

A.-J. Festugière. La révélation d'Hermès Trismégiste, I : L'astrologie et les sciences occultes (compte rendu) par Henri-Charles Puech

Lire aussi : → Hermétisme et mystique païenne (André-Jean Festugière) (Aubier, 1967 [réédition numérique Fenixx])

Hermétisme et mystique païenne (André-Jean Festugière) (Aubier-Montaigne, 1967) (compte rendu de Robert Turcan, 1969, sur Persée)



Jean-Pierre Mahé (né en 1944)[modifier]

Retour en Égypte
Photo par Annie Mahé (2019

Depuis la publication de l’analyse de Festugière, d’autres textes viennent la compléter, notamment la découverte, en 1945, de ce qu’on appelle la Bibliothèque de Nag Hammadi traduite en plusieurs codex dans les années qui suivirent.


Jean-Pierre Mahé se lance à son tour dans une analyse savante du Corpus hermeticum au vue des nouvelles découvertes de Nag Hammadi.

Des textes grecs, coptes et arméniens confirment les sources grecques du Corpus mais on y reconnaît également des enseignements égyptiens.

Trismégiste : Paralipomènes (Jean-Pierre Mahé) - Tome V : Codex VI de Nag Hammadi - Codex Clarkianus 11 Oxoniensis - Définitions hermétiques - Divers (Belles Lettres, 2026) (paru en 2019)

Voir aussi :



Garth Fowden (né en 1953)[modifier]

Les débats ne sont pas clos

Hermès l’Égyptien

Selon Garth Fowden, Jean-Pierre Mahé va trop loin dans son parallèle entre les « sagesses » égyptiennes et les textes hermétiques philosophiques. Cependant, il le rejoint sur les racines égyptiennes du ''Corpus'' qu’il aborde sous un angle plus socio-culturel.

Hermès l’Égyptien (Garth Fowden) (Belles Lettres, 2022) (paru en 2000)

Garth Fowden. The Egyptian Hermes. A Historical Approach to the Late Pagan Mind : compte rendu par Nicole Genaille (Revue de l'histoire des religions, 1989)


J. Augustus Knapp (1853–1938) : Hermes Trismegistus standing on the back of Typhon, illustration in the book The Secret Teachings of All Ages by Manly P. Hall, published in 1928)

Conclusion[modifier]

Hermès, figure d’érudition

Magie, astrologie, alchimie, religion, médecine, gnose, philosophie sont ainsi empreints pendant près de vingt-trois siècles de textes écrits par un collectif d’anonymes constituant un solide support de réflexion mêlant une grande variété de courants de pensée.

Hermès Trismégiste aura finalement joué le rôle attribué au dieu Hermès de faire communiquer entre eux des esprits séparés par des distances et des époques, créant une sorte de noosphère.

Autres sources[modifier]

La voie hermétique(Françoise Bonardel) (Dervy, 2025) (paru en 2011)

Les métamorphoses d’Hermès. Tradition alchimique et esthétique littéraire dans la France de l’âge baroque (1583-1646) (Classiques Garnier, 2018) (paru en 2000)

https://remacle.org/bloodwolf/erudits/hermestrismegiste/table.htm