« Doc:Diane et Actéon : Le récit complet » : différence entre les versions

De WikiFiction
Admin (discussion | contributions)
Aucun résumé des modifications
Admin (discussion | contributions)
 
(13 versions intermédiaires par le même utilisateur non affichées)
Ligne 1 : Ligne 1 :
→ [[Doc:Diane et Actéon|Sommaire du dossier ''Diane et Actéon'']]
; → [[Doc:Diane et Actéon|Sommaire du dossier ''Diane et Actéon'']]


== Lecture ==
Récit à 50 mn 30 de cette vidéo
<html>
<iframe width="560" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/TktSNj5CP3w" title="YouTube video player" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe>
</html>
== Édition de Désiré Nisard (1850) ==
D’après<ref>Avec l’aide du Gaffiot (https://gaffiot.fr), ainsi que des traductions de {{Bib:DR-OM}}  (p.121-127) et {{Bib:MC-OM}} (p.95-99), j’ai repris quelques mots ou passages qui me semblaient plus relever de la vision du traducteur dans le contexte de son époque que d’une immersion dans le monde ovidien. Le texte latin figure en dernière section de la présente page.</ref> le [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_M%C3%A9tamorphoses_(Ovide,_Nisard)/Livre_3 texte établi par Désiré Nisard, Firmin-Didot, 1850] (copie de Wikisource, le 6 avril 2022)
Les notes et les intertitres sont de moi.
=== Coup du sort ? ===
Déjà s’élevaient les murs de Thèbes, déjà ton exil, ô Cadmus, pouvait être regardé comme la source de ton bonheur ; l’Hymen t’avait donné pour gendre à Mars et à Vénus
<ref>Cadmus épousa Harmonie, le plus souvent présentée comme fille de Mars et Vénus</ref> ;
ajoute à l’honneur d’une si haute alliance tant de fils, tant de filles, et la nombreuse postérité qu’ils t’ont donnée en gage de leur amour, et qui brille déjà des grâces de la jeunesse ; mais hélas ! c’est le dernier jour qu’il faut attendre, et nul homme ne doit être appelé heureux avant que le trépas n’ait amené le moment suprême de ses funérailles. Au milieu de tant de prospérités, ô Cadmus ! la première cause de tes douleurs, ce fut ton petit-fils : son front fut chargé d’un bois qu’il n’avait pas reçu de la nature, et ses chiens s’abreuvèrent du sang de leur maître. Cependant, examine en juge équitable, le hasard te paraîtra plus coupable que lui : quel crime, en effet, pouvait-on imputer à l’erreur ?
<ref>Ovide disculpe d’emblée Actéon. À moins que la question soit à prendre au premier degré : Ovide ne croit pas au hasard, il demande au lecteur : « quel crime pouvait-on imputer à l’erreur ? »</ref>
=== Repos du chasseur<ref>On pense — abusivement peut-être — au ''repos du guerrier''.</ref> ===
Il était une montagne qu’Actéon avait souillée du sang des bêtes sauvages ;
déjà le soleil, au milieu de sa course, avait rétréci les contours des ombres,
et s’élevait à une égale distance des deux limites qui bornent sa carrière,
quand le jeune Actéon rappelle d’une voix douce les compagnons de ses fatigues, dispersés dans des sentiers escarpés.
{{B}}
« Nos toiles, amis, et nos armes sont rougies du sang des animaux ;
aujourd’hui la fortune a fait assez pour nous. Demain,
lorsque l’Aurore, portée sur son char de pourpre, ramènera le jour,
nous reprendrons nos travaux : en ce moment, Phébus
s’éloigne également des deux extrémités de la terre, et ses brûlants rayons entr’ouvrent le sein des campagnes ;
suspendez vos fatigues présentes, et pliez vos filets noueux ».
{{C}}
Ses compagnons obéissent et abandonnent leurs travaux.
=== Antre de Diane ===
Là s’étendait une vallée ombragée de pins et de cyprès à la cime aiguë : Gargaphie est le nom de ce lieu, cher à Diane chasseresse ; au fond de ce vallon, et dans la sombre épaisseur du bois, s’ouvrait un antre où la main de l’art ne pénétra jamais ; mais le génie de la nature avait imité l’art<ref>Pour Platon, l’art imite la nature ; certes la formule d’Ovide paraît inverse mais en substance, il place bien la nature au-dessus de l’art. Ovide est ouvertement pythagoricien, et certainement platonicien,  Platon étant en grande partie l’héritier de Pythagore.</ref>  car c’est elle seule qui avait arrondi en voûte la pierre-ponce et le tuf léger.
À droite murmure une source dont les eaux limpides coulent dans un lit peu profond, entre deux rives verdoyantes ; c’est là que la déesse des forêts, épuisée par les fatigues de la chasse, aimait à répandre une onde pure sur ses chastes attraits<ref>Il est évident qu’Actéon connaît parfaitement le lieu, il ne peut ignorer l’éventualité que la déesse s’y trouve pour un bain, surtout à l’heure de la journée, précisée avec insistance, où on a le plus besoin de se rafraîchir.</ref>.
=== Bain de Diane ===
Elle vient sous la grotte, et remet à la Nymphe, chargée de veiller sur ses armes, son javelot, son carquois et son arc détendu ; une seconde reçoit dans ses bras la robe dont la déesse s’est dépouillée ; deux autres détachent la chaussure de ses pieds ; plus adroite que ses compagnes, la fille du fleuve Ismène, Crocale rassemble et noue les cheveux épars sur le cou de Diane, tandis que les siens flottent en désordre. Néphèle, Hyalé, Rhanis, Psécas et Phiale puisent de l’eau, et l’épanchent de leurs urnes profondes.
=== Actéon surprend Diane au bain ===
Pendant qu’elles arrosent, selon la coutume, le corps de la déesse, tout à coup le petit-fils de Cadmus, qui, après avoir interrompu sa chasse, promenait au hasard ses pas incertains dans ce bois inconnu, arrive jusqu’à l’antre où le guide sa destinée.<ref>Ovide répète l’explication de la présence d’Actéon en ce lieu prétendument inconnu en insistant sur la destinée qui l’y aurait conduit ; si on ajoute à cela le fait qu’il le nomme alors ''petit-fils de Cadmus, on comprendra qu’il fait très clairement allusion à la vengeance orientée vers son grand-père.</ref>.  À peine est-il entré dans la grotte où cette fontaine répand une fraîche rosée, que les Nymphes, honteuses de leur nudité à la vue d’un homme<ref>Ovide a écrit les ''Métamorphoses'' dans les toutes premières années de notre ère, nous sommes encore loin de la civilisation chrétienne et de la ''honte'' de la nudité.</ref>, se frappent le sein, remplissent la forêt de hurlements soudains, et, pressées autour de Diane, lui font un voile de leur corps ; mais la déesse, plus grande qu’elles, les dominait encore de toute la tête<ref>Représentons-nous la scène : Diane est cachée par les nymphes, Actéon ne peut voir que sa tête dépasser.</ref>. Comme on voit un nuage placé vis-à-vis du soleil, et frappé de ses rayons, se nuancer de mille couleurs, comme brille la pourpre de l’aurore ; ainsi rougit Diane lorsqu’elle se vit exposée toute nue aux regards d’un homme. Bien que la foule de ses compagnes l’environne, elle ne laisse pas de s’incliner et de détourner le visage. Que n’a-t-elle ses flèches toutes prêtes ! Du moins elle s’arme de l’eau qui coule sous ses yeux, la jette au visage d’Actéon, et, répandant sur ses cheveux ces ondes vengeresses, elle ajoute ces mots, présage d’un malheur prochain :
{{b}}
« Maintenant, va raconter que Diane a paru sans voile à tes yeux ; si tu le peux, j’y consens ».
{{C}}
=== Actéon transformé en cerf ===
Là finit sa menace, et, sur la tête ruisselante d’Actéon, elle fait naître le bois d’un cerf vivace, allonge son cou, termine ses oreilles en pointe, change ses mains en pieds, ses bras en jambes effilées, couvre son corps d’une peau tachetée, et jette dans son âme une vive frayeur. Le héros prend la fuite et s’étonne lui-même de la rapidité de sa course. À peine a-t-il vu l’image de ses cornes dans les eaux où il avait coutume de se mirer : Malheureux ! veut-il s’écrier ; mais il n’a plus de voix, et ses gémissements lui tiennent lieu de paroles ; des pleurs coulent sur son visage, hélas ! jadis humain ; dans son malheur, il ne lui reste que la raison. Quel parti prendre ? doit-il rentrer dans le royal palais, son ancienne demeure, ou se cacher au fond des forêts ? La crainte l’arrête d’un côté, et la honte de l’autre ;
=== Actéon poursuivi et dévoré par ses chiens ===
tandis qu’il délibère, ses chiens l’ont aperçu : Mélampe et le subtil Ichnobate, l’un venu de la Crète et l’autre de Sparte, donnent le premier signal par leurs abois ; à leur suite s’élancent, plus prompts que le vent rapide, Pamphagus, Dorcée et Oribase, tous trois de l’Arcadie ; le vigoureux Nébrophon et le féroce Théron avec Lélaps ; Ptérélas et Agré, également précieux, l’un par son agilité, l’autre par la finesse de son odorat ; Hylé, blessé naguère par un sanglier farouche ; Napé, qu’un loup fit naître ; Pémenis, qui marchait autrefois à la suite des troupeaux ; Harpye, accompagnée de ses deux petits ; Ladon de Sicyone aux flancs évidés, et Dromas, et Canace, et Sticté, et Tigris, et Alcé ; Leucon, aussi blanc que la neige, et le noir Asbole, et le robuste Lacon ; Aello, infatigable à la course, et Thoüs, et l’Aigle ; Lycisque avec son frère Cyprius ; Harpale, dont le front noir est marqué d’une tache blanche, et Mélanée, et Lachné au poil hérissé ; Labres et Agriode, nés d’un père de Crète et d’une mère de Laconie ; Hylactor à la voix perçante, et vingt autres qu’il serait trop long de nommer. Cette meute, avide de curée, se précipite à travers des rochers inaccessibles, à travers des sentiers escarpés ou sans voie ; Actéon fuit dans ces mêmes lieux où tant de fois il a poursuivi les hôtes des forêts. Hélas ! il fuit les siens ! il voulait leur crier : « Je suis Actéon, reconnaissez votre maître ». La parole trahit sa volonté.
Cependant les chiens font retentir l’air de leurs aboiements. Mélanchète lui fait au flanc la première blessure, Théridamas la seconde, la dent d’Orésitrophe s’attache à son épaule. Ils étaient partis les derniers ; mais un sentier qui coupe la montagne leur permet de devancer la meute. Tandis qu’ils retiennent leur maître, elle arrive toute entière, et se jette à coups de dents sur Actéon. Bientôt il ne reste plus sur tout son corps de place à de nouvelles blessures ; il gémit, et si ses accents ne sont pas ceux d’une voix humaine, un cerf du moins ne saurait les faire entendre ; il remplit de ses cris lamentables les monts témoins de ses fatigues. Agenouillé, et dans une attitude suppliante, ne pouvant leur tendre les bras, il promène sur ses compagnons de muets regards. Cependant ils excitent la troupe alerte par leurs cris accoutumés ; ils ignorent le sort d’Actéon, le cherchent des yeux, et, comme s’il était absent, l’appellent à l’envi. À ce nom d’Actéon, il retourne la tête et les entend se plaindre de son absence et de sa lenteur à venir contempler la proie qui lui est offerte. Hélas ! il n’est que trop présent ; il voudrait ne pas l’être, il voudrait être le témoin, et non pas la victime des cruels exploits de sa meute ! Les chiens, l’entourant de tous côtés, plongent leurs dents dans les membres de leur maître, caché sous la forme trompeuse d’un cerf, et les mettent en lambeaux.
Ce ne fut qu’en exhalant sa vie par ses nombreuses blessures qu’il assouvit, dit-on, le courroux de la déesse qui porte le carquois.
=== Débat d’opinions ===
La nouvelle du châtiment d’Actéon est diversement accueillie : les uns accusent la déesse de cruauté, d’autres approuvent sa rigueur, et la proclament digne de son austère chasteté ; chacun trouve des motifs plausibles à l’appui de son opinion.
=== Vengeance divine ===
La seule épouse de Jupiter songe moins à témoigner son blâme ou son approbation qu’à se réjouir du malheur des enfants d’Agénor ; la haine qu’elle a conçue contre sa rivale de Tyr retombe sur sa postérité ; à son ancienne injure vient s’ajouter une injure récente : indignée que Sémélé porte dans son sein un gage de la tendresse du grand Jupiter, elle éclate en paroles amères : « Que m’est-il revenu de mes plaintes tant de fois renouvelées ? dit-elle. C’est ma rivale même que je dois attaquer ; oui, je la perdrai, si je mérite d’être appelée la puissante Junon, si ma main est digne de porter un sceptre étincelant de rubis, si je suis la reine des cieux, la sœur et la femme de Jupiter ; je suis sa sœur, au moins. Mais peut-être des plaisirs furtifs suffisent-ils à ma rivale ; peut-être n’a-t-elle fait à ma couche qu’une injure passagère. Mais non : elle conçoit ; il me manquait cet affront. Elle porte, à la face du ciel, son crime dans ses flancs ; et l’honneur d’être mère, dont je jouis à peine moi-même, elle veut le tenir de Jupiter, tant elle a de confiance dans sa beauté ! Je saurai bien tourner cette beauté contre elle. Non, je ne serai plus la fille de Saturne, si Jupiter, son amant, ne la précipite lui-même au fond du Styx ».


== Texte latin ==
== Texte latin ==
<poem>
→ [https://archive.org/details/povidiinasonisc00unkngoog/page/n100/mode/2up source sur archive.org]
<pre>


130.
131 Jam stabant Thebae. poteras iam, Cadme, videri  
131 Jam stabant Thebae. poteras iam, Cadme, videri  
     exilio felix. soceri tibi Marsque Venusque  
     exilio felix. soceri tibi Marsque Venusque  
     contigerant: huc adde genus de coniuge tanta,  
     contigerant: huc adde genus de coniuge tanta,  
     tot natos natasque et, pignora cara, nepotes,
     tot natos natasque et, pignora cara, nepotes,
135 hos quoque iam iuvenes. sed scilicet ultima semper  
135 hos quoque iam iuvenes. sed scilicet ultima semper  
       expectanda dies homini est, dicique beatus
       expectanda dies homini est, dicique beatus
Ligne 15 : Ligne 80 :
# Prima nepos inter tot res tibi, Cadme, secundas
# Prima nepos inter tot res tibi, Cadme, secundas
# causa fuit luctus, alienaque cornua fronti
# causa fuit luctus, alienaque cornua fronti
140. addita, vosque canes satiatae sanguine erili.
140. addita, vosque canes satiatae sanguine erili.
# at bene si quaeras, fortunae crimen in illo,
# at bene si quaeras, fortunae crimen in illo,
Ligne 53 : Ligne 119 :
per nemus ignotum non certis passibus errans  
per nemus ignotum non certis passibus errans  


176
176 pervenit in lucmn: sic illum fata ferebant.
pervenit in lucmn: sic illum fata ferebant.
qui simul intravit rorantia fontibus antra,
qui simul intravit rorantia fontibus antra,
sicut erant nudae viso sua pectora njmphae
sicut erant nudae viso sua pectora njmphae
Ligne 60 : Ligne 125 :
implevere nemus, drcumfusaeque Dianam  
implevere nemus, drcumfusaeque Dianam  


180
180 corporibus texere suis. tamen altior illis
corporibus texere suis. tamen altior illis
ipsa dea est colloque tenus supereminet omnes.
ipsa dea est colloque tenus supereminet omnes.
qui color infectis adversi solis ab ictu
qui color infectis adversi solis ab ictu
Ligne 67 : Ligne 131 :
is fuit in vultu visae sine veste Dianae.  
is fuit in vultu visae sine veste Dianae.  


185
185 quae quamquam comitum turba est stipata suarum,
quae quamquam comitum turba est stipata suarum,
in latus obliquum tamen astitit oraque retro
in latus obliquum tamen astitit oraque retro
flexit. et ut vellet promptas habuisse sagittas,
flexit. et ut vellet promptas habuisse sagittas,
Ligne 74 : Ligne 137 :
perfudit spargensque comas ultricibus undis  
perfudit spargensque comas ultricibus undis  


190
190 addidit haec dadis praenuntia verba futurae:
addidit haec dadis praenuntia verba futurae:
'nunc tibi me posito visam velamine narres,
'nunc tibi me posito visam velamine narres,
si poteris narrare, licet.' nec plura minata
si poteris narrare, licet.' nec plura minata
Ligne 81 : Ligne 143 :
dat spatium collo summasque cacuminat aures,  
dat spatium collo summasque cacuminat aures,  


195
195 cum pedibusque manus, cum longis bracchia mutat
cum pedibusque manus, cum longis bracchia mutat
cruribus et velat maculoso vellere corpus.
cruribus et velat maculoso vellere corpus.
additus et pavor est. fugit Autonoeius heros
additus et pavor est. fugit Autonoeius heros
Ligne 88 : Ligne 149 :
ut vero vultus et comua vidit in unda,  
ut vero vultus et comua vidit in unda,  


200
200 'me misemml' dicturus erat: vox nuUa secuta est«
'me misemml' dicturus erat: vox nuUa secuta est«
ingemuit: vox illa fuit; lacrimaeque per ora
ingemuit: vox illa fuit; lacrimaeque per ora
non sua fluxemnt: mens tantum pristina mansit.
non sua fluxemnt: mens tantum pristina mansit.
Ligne 95 : Ligne 155 :
an lateat silvis? pudor hoc, timor impedit illud.  
an lateat silvis? pudor hoc, timor impedit illud.  


205
205 dum dubitat, videre canes: primique Melampus
dum dubitat, videre canes: primique Melampus
Ichnobatesque sagax latratu signa dedemnt,
Ichnobatesque sagax latratu signa dedemnt,
Gnosius Ichnobates, Spartana gente Melampus.
Gnosius Ichnobates, Spartana gente Melampus.
Ligne 102 : Ligne 161 :
Pamphagus et Dorceus et Oribasus, Arcades omnes,  
Pamphagus et Dorceus et Oribasus, Arcades omnes,  


210
210 Nebrophonusque valens et tmx cum Laelape Theron,
Nebrophonusque valens et tmx cum Laelape Theron,
et pedibus Pterelas et naribus utilis Agre,
et pedibus Pterelas et naribus utilis Agre,
Hylaeusque fero nuper percussus ab apro,
Hylaeusque fero nuper percussus ab apro,
Ligne 109 : Ligne 167 :
Foemenis, et natis comitata Harpyia duobus,  
Foemenis, et natis comitata Harpyia duobus,  


215
215 et substricta gerens Sicjonius ilia Ladon
et substricta gerens Sicjonius ilia Ladon
et D^omas et Canache Sticteque et Tigris et Ale
et D^omas et Canache Sticteque et Tigris et Ale


Ligne 129 : Ligne 186 :
250 dilacerant falsi dominum sub imagine cervi. [nec nisi finita per plurima vulnera vita u^a pharetratae fertur satiata Dlanae
250 dilacerant falsi dominum sub imagine cervi. [nec nisi finita per plurima vulnera vita u^a pharetratae fertur satiata Dlanae


</poem>
Rumor in ambiguo est. aliis violentior aequo Semele. visa dea est, alii laudant dignamque severa


Nous nous intéressons ici au seul récit d’Ovide (chap. III des Métamorphoses)
255 virginitate vocant. pars invenit utraque causas* sola lovis coniunx non tam culpetne probetne eloquitur, quam clade domus ab Agenore ductae gaudet, et a Tyria collectum paelice transfert m generis socios odium. subit ecce priori


<poem>
Rumor in ambiguo est. aliis violentior aequo Semele. visa dea est, alii laudant dignamque severa
255 virginitate vocant. pars invenit utraque causas* sola lovis coniunx non tam culpetne probetne eloquitur, quam clade domus ab Agenore ductae gaudet, et a Tyria collectum paelice transfert m generis socios odium. subit ecce priori
260 causa recens, gravidamque dolet de semine magni esse lovis Semelen. dum linguam ad iurgia solvit,
260 causa recens, gravidamque dolet de semine magni esse lovis Semelen. dum linguam ad iurgia solvit,
'profeci quid enim totiens per iurgia?' dixit:
'profeci quid enim totiens per iurgia?' dixit:
'ipsa petenda mihi est. ipsam^ si maxima luno
'ipsa petenda mihi est. ipsam^ si maxima luno
rite Yocor, perdam, si me gemmantia dextra
rite Yocor, perdam, si me gemmantia dextra
sceptra tenere decet^ si sum regina lovisque 265
sceptra tenere decet^ si sum regina lovisque  
et soror et coniunx, certe soror. at> puto, furto est
 
265 et soror et coniunx, certe soror. at> puto, furto est
contenta, et thalami brevis est iniuria nostri?
contenta, et thalami brevis est iniuria nostri?
concipitl id deeratl manifestaque crimina pleno
concipitl id deeratl manifestaque crimina pleno
fert utero, et mater, quod vix mihi contigit^ uno
fert utero, et mater, quod vix mihi contigit^ uno
de loye vult fieri: tanta est fiducia formae. 270
de loye vult fieri: tanta est fiducia formae.  
fallat eam faxo. nec sum Satumia, si non
 
270 fallat eam faxo. nec sum Satumia, si non
ab love mersa suo Stygias penetrabit ad undas.*
ab love mersa suo Stygias penetrabit ad undas.*
surgit ab his solio» fulvaque recondita nube
surgit ab his solio» fulvaque recondita nube
limen adit Semeles. nec nubes ante remoyit,
limen adit Semeles. nec nubes ante remoyit,
quam simulavit aniun posuitque ad tempora canos 275
quam simulavit aniun posuitque ad tempora canos  
sulcavitque cutem rugis, et curva trementi
 
275 sulcavitque cutem rugis, et curva trementi
membra tulit passu. vocem quoque fecit anilem,
membra tulit passu. vocem quoque fecit anilem,
ipsaque erat Beroe^ Semeles Epidauria nutrix.
ipsaque erat Beroe^ Semeles Epidauria nutrix.
ergo ubi captato sermone diuque loquendo
ergo ubi captato sermone diuque loquendo
ad nomen venere lovis, suspirat et ^opto, 280
ad nomen venere lovis, suspirat et ^opto,  
luppiter ut sit' ait* ^metuo tamen omnia* multi
 
280 luppiter ut sit' ait . ^metuo tamen omnia . multi
nomine divorum thalamos iniere pudicos.
nomine divorum thalamos iniere pudicos.
nec tamen esse lovem satis est. det pignus amoris,
nec tamen esse lovem satis est. det pignus amoris,
si modo verus is est quantusque et qualis ab alta
si modo verus is est quantusque et qualis ab alta
lunone excipitur, tantus talisque, rogato, 285
lunone excipitur, tantus talisque, rogato,  
det tibi complexus suaque ante insignia sumat*'
 
285 det tibi complexus suaque ante insignia sumat*'
talibus ignaram luno Cadme*jda dictis
talibus ignaram luno Cadme*jda dictis
formarat rogat illa lovem sine nomine munus.
formarat rogat illa lovem sine nomine munus.
cui deus ^elige' ait, ^nullam patiere repulsam.
cui deus ^elige' ait, ^nullam patiere repulsam.
quoque magis credas, Stygii quoque conscia sunto 290
quoque magis credas, Stygii quoque conscia sunto  
numina torrentis: timor et deus ille deorum est.'
 
290 numina torrentis: timor et deus ille deorum est.'
laeta malo nimiumque potens perituraque amantis
laeta malo nimiumque potens perituraque amantis
obsequio Semele ^qualem Satumia' dixit
obsequio Semele ^qualem Satumia' dixit
*te solet amplecti, Veneris cum foedus initis,
*te solet amplecti, Veneris cum foedus initis,
da mihi te talem.' voluit deus ora loquentis 295
da mihi te talem.' voluit deus ora loquentis  
opprimere: exierat iam vox properata sub auras.
 
295 opprimere: exierat iam vox properata sub auras.
ingemuit. neque enim non naec optasse, neque ille
ingemuit. neque enim non naec optasse, neque ille
non iurasse potest. ergo maestissimus altum
non iurasse potest. ergo maestissimus altum
aethera conscendit, vultuque sequentia traxit
aethera conscendit, vultuque sequentia traxit
nubila, quis nimbos inmixtaque fulgura ventis 800
nubila, quis nimbos inmixtaque fulgura ventis  
addidit et tonitrus et inevitabile fulmen*
 
800 addidit et tonitrus et inevitabile fulmen*
qua tamen usque potest, vires sibi demere temptat
qua tamen usque potest, vires sibi demere temptat
nec, quo centimanum deiecerat igne Typhoea,
nec, quo centimanum deiecerat igne Typhoea,
nunc armatur eo: nimium feritatis in illo est.
nunc armatur eo: nimium feritatis in illo est.
cst aliud levius fulmen, cui dextra Cyclopum 805
cst aliud levius fulmen, cui dextra Cyclopum  
</poem>
 
== Édition de Désiré Nisard (1850) ==
D’après<ref>Avec l’aide du Gaffiot (https://gaffiot.fr), ainsi que des traductions de {{DR-OM}}  (p.121-127) et {{MC-OM}} (p.95-99), j’ai repris quelques mots ou passages qui me semblaient plus relever de la vision du traducteur dans le contexte de son époque que d’une immersion dans le monde ovidien.</ref> le [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_M%C3%A9tamorphoses_(Ovide,_Nisard)/Livre_3 texte établi par Désiré Nisard, Firmin-Didot, 1850] (copie de Wikisource, le 6 avril 2022)
 
Les notes et les intertitres sont de moi.
 
=== Coup du sort ? ===
Déjà s’élevaient les murs de Thèbes, déjà ton exil, ô Cadmus, pouvait être regardé comme la source de ton bonheur ; l’Hymen t’avait donné pour gendre à Mars et à Vénus
<ref>Cadmus épousa Harmonie, le plus souvent présentée comme fille de Mars et Vénus</ref> ;
ajoute à l’honneur d’une si haute alliance tant de fils, tant de filles, et la nombreuse postérité qu’ils t’ont donnée en gage de leur amour, et qui brille déjà des grâces de la jeunesse ; mais hélas ! c’est le dernier jour qu’il faut attendre, et nul homme ne doit être appelé heureux avant que le trépas n’ait amené le moment suprême de ses funérailles. Au milieu de tant de prospérités, ô Cadmus ! la première cause de tes douleurs, ce fut ton petit-fils : son front fut chargé d’un bois qu’il n’avait pas reçu de la nature, et ses chiens s’abreuvèrent du sang de leur maître. Cependant, examine en juge équitable, le hasard te paraîtra plus coupable que lui : quel crime, en effet, pouvait-on imputer à l’erreur ?
<ref>Ovide disculpe d’emblée Actéon. À moins que la question soit à prendre au premier degré : Ovide ne croit pas au hasard, il demande au lecteur : « quel crime pouvait-on imputer à l’erreur ? »</ref>


=== Repos du chasseur<ref>On pense — abusivement peut-être — au ''repos du guerrier''.</ref> ===
805
Il était une montagne qu’Actéon avait souillée du sang des bêtes sauvages ;
</pre>
déjà le soleil, au milieu de sa course, avait rétréci les contours des ombres,
et s’élevait à une égale distance des deux limites qui bornent sa carrière,
quand le jeune Actéon rappelle d’une voix douce les compagnons de ses fatigues, dispersés dans des sentiers escarpés.
{{B}}
« Nos toiles, amis, et nos armes sont rougies du sang des animaux ;
aujourd’hui la fortune a fait assez pour nous. Demain,
lorsque l’Aurore, portée sur son char de pourpre, ramènera le jour,
nous reprendrons nos travaux : en ce moment, Phébus
s’éloigne également des deux extrémités de la terre, et ses brûlants rayons entr’ouvrent le sein des campagnes ;
suspendez vos fatigues présentes, et pliez vos filets noueux ».
{{C}}
Ses compagnons obéissent et abandonnent leurs travaux.
 
=== Antre de Diane ===
Là s’étendait une vallée ombragée de pins et de cyprès à la cime aiguë : Gargaphie est le nom de ce lieu, cher à Diane chasseresse ; au fond de ce vallon, et dans la sombre épaisseur du bois, s’ouvrait un antre où la main de l’art ne pénétra jamais ; mais le génie de la nature avait imité l’art<ref>Pour Platon, l’art imite la nature ; certes la formule d’Ovide paraît inverse mais en substance, il place bien la nature aussi de l’art. Ovide est ouvertement pythagoricien, et certainement platonicien,  Platon étant en grande partie l’héritier de Pythagore.</ref>  car c’est elle seule qui avait arrondi en voûte la pierre-ponce et le tuf léger.
 
À droite murmure une source dont les eaux limpides coulent dans un lit peu profond, entre deux rives verdoyantes ; c’est là que la déesse des forêts, épuisée par les fatigues de la chasse, aimait à répandre une onde pure sur ses chastes attraits<ref>Il est évident qu’Actéon connaît parfaitement le lieu, il ne peut ignorer l’éventualité que la déesse s’y trouve pour un bain, surtout à l’heure de la journée, précisée avec insistance, où on a le plus besoin de se rafraîchir.</ref>.
 
=== Bain de Diane ===
Elle vient sous la grotte, et remet à la Nymphe, chargée de veiller sur ses armes, son javelot, son carquois et son arc détendu ; une seconde reçoit dans ses bras la robe dont la déesse s’est dépouillée ; deux autres détachent la chaussure de ses pieds ; plus adroite que ses compagnes, la fille du fleuve Ismène, Crocale rassemble et noue les cheveux épars sur le cou de Diane, tandis que les siens flottent en désordre. Néphèle, Hyalé, Rhanis, Psécas et Phiale puisent de l’eau, et l’épanchent de leurs urnes profondes.
 
=== Actéon surprend Diane au bain ===
Pendant qu’elles arrosent, selon la coutume, le corps de la déesse, tout à coup le petit-fils de Cadmus, qui, après avoir interrompu sa chasse, promenait au hasard ses pas incertains dans ce bois inconnu, arrive jusqu’à l’antre où le guide sa destinée.<ref>Ovide répète l’explication de la présence d’Actéon en ce lieu prétendument inconnu en insistant sur la destinée qui l’y aurait conduit ; si on ajoute à cela le fait qu’il le nomme alors ''petit-fils de Cadmus, on comprendra qu’il fait très clairement allusion à la vengeance orientée vers son grand-père.</ref>.  À peine est-il entré dans la grotte où cette fontaine répand une fraîche rosée, que les Nymphes, honteuses de leur nudité à la vue d’un homme<ref>Ovide a écrit les ''Métamorphoses'' dans les toutes premières années de notre ère, nous sommes encore loin de la civilisation chrétienne et de la ''honte'' de la nudité.</ref>, se frappent le sein, remplissent la forêt de hurlements soudains, et, pressées autour de Diane, lui font un voile de leur corps ; mais la déesse, plus grande qu’elles, les dominait encore de toute la tête<ref>Représentons-nous la scène : Diane est cachée par les nymphes, Actéon ne peut voir que sa tête dépasser.</ref>. Comme on voit un nuage placé vis-à-vis du soleil, et frappé de ses rayons, se nuancer de mille couleurs, comme brille la pourpre de l’aurore ; ainsi rougit Diane lorsqu’elle se vit exposée toute nue aux regards d’un homme. Bien que la foule de ses compagnes l’environne, elle ne laisse pas de s’incliner et de détourner le visage. Que n’a-t-elle ses flèches toutes prêtes ! Du moins elle s’arme de l’eau qui coule sous ses yeux, la jette au visage d’Actéon, et, répandant sur ses cheveux ces ondes vengeresses, elle ajoute ces mots, présage d’un malheur prochain :
{{b}}
« Maintenant, va raconter que Diane a paru sans voile à tes yeux ; si tu le peux, j’y consens ».
{{C}}
 
=== Actéon transformé en cerf ===
Là finit sa menace, et, sur la tête ruisselante d’Actéon, elle fait naître le bois d’un cerf vivace, allonge son cou, termine ses oreilles en pointe, change ses mains en pieds, ses bras en jambes effilées, couvre son corps d’une peau tachetée, et jette dans son âme une vive frayeur. Le héros prend la fuite et s’étonne lui-même de la rapidité de sa course. À peine a-t-il vu l’image de ses cornes dans les eaux où il avait coutume de se mirer : Malheureux ! veut-il s’écrier ; mais il n’a plus de voix, et ses gémissements lui tiennent lieu de paroles ; des pleurs coulent sur son visage, hélas ! jadis humain ; dans son malheur, il ne lui reste que la raison. Quel parti prendre ? doit-il rentrer dans le royal palais, son ancienne demeure, ou se cacher au fond des forêts ? La crainte l’arrête d’un côté, et la honte de l’autre ;
 
=== Actéon poursuivi et dévoré par ses chiens ===
tandis qu’il délibère, ses chiens l’ont aperçu : Mélampe et le subtil Ichnobate, l’un venu de la Crète et l’autre de Sparte, donnent le premier signal par leurs abois ; à leur suite s’élancent, plus prompts que le vent rapide, Pamphagus, Dorcée et Oribase, tous trois de l’Arcadie ; le vigoureux Nébrophon et le féroce Théron avec Lélaps ; Ptérélas et Agré, également précieux, l’un par son agilité, l’autre par la finesse de son odorat ; Hylé, blessé naguère par un sanglier farouche ; Napé, qu’un loup fit naître ; Pémenis, qui marchait autrefois à la suite des troupeaux ; Harpye, accompagnée de ses deux petits ; Ladon de Sicyone aux flancs évidés, et Dromas, et Canace, et Sticté, et Tigris, et Alcé ; Leucon, aussi blanc que la neige, et le noir Asbole, et le robuste Lacon ; Aello, infatigable à la course, et Thoüs, et l’Aigle ; Lycisque avec son frère Cyprius ; Harpale, dont le front noir est marqué d’une tache blanche, et Mélanée, et Lachné au poil hérissé ; Labres et Agriode, nés d’un père de Crète et d’une mère de Laconie ; Hylactor à la voix perçante, et vingt autres qu’il serait trop long de nommer. Cette meute, avide de curée, se précipite à travers des rochers inaccessibles, à travers des sentiers escarpés ou sans voie ; Actéon fuit dans ces mêmes lieux où tant de fois il a poursuivi les hôtes des forêts. Hélas ! il fuit les siens ! il voulait leur crier : « Je suis Actéon, reconnaissez votre maître ». La parole trahit sa volonté.
 
 
Cependant les chiens font retentir l’air de leurs aboiements. Mélanchète lui fait au flanc la première blessure, Théridamas la seconde, la dent d’Orésitrophe s’attache à son épaule. Ils étaient partis les derniers ; mais un sentier qui coupe la montagne leur permet de devancer la meute. Tandis qu’ils retiennent leur maître, elle arrive toute entière, et se jette à coups de dents sur Actéon. Bientôt il ne reste plus sur tout son corps de place à de nouvelles blessures ; il gémit, et si ses accents ne sont pas ceux d’une voix humaine, un cerf du moins ne saurait les faire entendre ; il remplit de ses cris lamentables les monts témoins de ses fatigues. Agenouillé, et dans une attitude suppliante, ne pouvant leur tendre les bras, il promène sur ses compagnons de muets regards. Cependant ils excitent la troupe alerte par leurs cris accoutumés ; ils ignorent le sort d’Actéon, le cherchent des yeux, et, comme s’il était absent, l’appellent à l’envi. À ce nom d’Actéon, il retourne la tête et les entend se plaindre de son absence et de sa lenteur à venir contempler la proie qui lui est offerte. Hélas ! il n’est que trop présent ; il voudrait ne pas l’être, il voudrait être le témoin, et non pas la victime des cruels exploits de sa meute ! Les chiens, l’entourant de tous côtés, plongent leurs dents dans les membres de leur maître, caché sous la forme trompeuse d’un cerf, et les mettent en lambeaux.
 
Ce ne fut qu’en exhalant sa vie par ses nombreuses blessures qu’il assouvit, dit-on, le courroux de la déesse qui porte le carquois.
 
=== Débat d’opinions ===
La nouvelle du châtiment d’Actéon est diversement accueillie : les uns accusent la déesse de cruauté, d’autres approuvent sa rigueur, et la proclament digne de son austère chasteté ; chacun trouve des motifs plausibles à l’appui de son opinion.
 
=== Vengeance divine ===
La seule épouse de Jupiter songe moins à témoigner son blâme ou son approbation qu’à se réjouir du malheur des enfants d’Agénor ; la haine qu’elle a conçue contre sa rivale de Tyr retombe sur sa postérité ; à son ancienne injure vient s’ajouter une injure récente : indignée que Sémélé porte dans son sein un gage de la tendresse du grand Jupiter, elle éclate en paroles amères : « Que m’est-il revenu de mes plaintes tant de fois renouvelées ? dit-elle. C’est ma rivale même que je dois attaquer ; oui, je la perdrai, si je mérite d’être appelée la puissante Junon, si ma main est digne de porter un sceptre étincelant de rubis, si je suis la reine des cieux, la sœur et la femme de Jupiter ; je suis sa sœur, au moins. Mais peut-être des plaisirs furtifs suffisent-ils à ma rivale ; peut-être n’a-t-elle fait à ma couche qu’une injure passagère. Mais non : elle conçoit ; il me manquait cet affront. Elle porte, à la face du ciel, son crime dans ses flancs ; et l’honneur d’être mère, dont je jouis à peine moi-même, elle veut le tenir de Jupiter, tant elle a de confiance dans sa beauté ! Je saurai bien tourner cette beauté contre elle. Non, je ne serai plus la fille de Saturne, si Jupiter, son amant, ne la précipite lui-même au fond du Styx ».


== Notes ==
== Notes ==

Dernière version du 13 décembre 2025 à 22:34

Sommaire du dossier Diane et Actéon

Lecture[modifier]

Récit à 50 mn 30 de cette vidéo


Édition de Désiré Nisard (1850)[modifier]

D’après[1] le texte établi par Désiré Nisard, Firmin-Didot, 1850 (copie de Wikisource, le 6 avril 2022)

Les notes et les intertitres sont de moi.

Coup du sort ?[modifier]

Déjà s’élevaient les murs de Thèbes, déjà ton exil, ô Cadmus, pouvait être regardé comme la source de ton bonheur ; l’Hymen t’avait donné pour gendre à Mars et à Vénus [2] ; ajoute à l’honneur d’une si haute alliance tant de fils, tant de filles, et la nombreuse postérité qu’ils t’ont donnée en gage de leur amour, et qui brille déjà des grâces de la jeunesse ; mais hélas ! c’est le dernier jour qu’il faut attendre, et nul homme ne doit être appelé heureux avant que le trépas n’ait amené le moment suprême de ses funérailles. Au milieu de tant de prospérités, ô Cadmus ! la première cause de tes douleurs, ce fut ton petit-fils : son front fut chargé d’un bois qu’il n’avait pas reçu de la nature, et ses chiens s’abreuvèrent du sang de leur maître. Cependant, examine en juge équitable, le hasard te paraîtra plus coupable que lui : quel crime, en effet, pouvait-on imputer à l’erreur ? [3]

Repos du chasseur[4][modifier]

Il était une montagne qu’Actéon avait souillée du sang des bêtes sauvages ; déjà le soleil, au milieu de sa course, avait rétréci les contours des ombres, et s’élevait à une égale distance des deux limites qui bornent sa carrière, quand le jeune Actéon rappelle d’une voix douce les compagnons de ses fatigues, dispersés dans des sentiers escarpés.

« Nos toiles, amis, et nos armes sont rougies du sang des animaux ; aujourd’hui la fortune a fait assez pour nous. Demain, lorsque l’Aurore, portée sur son char de pourpre, ramènera le jour, nous reprendrons nos travaux : en ce moment, Phébus s’éloigne également des deux extrémités de la terre, et ses brûlants rayons entr’ouvrent le sein des campagnes ; suspendez vos fatigues présentes, et pliez vos filets noueux ».

Ses compagnons obéissent et abandonnent leurs travaux.

Antre de Diane[modifier]

Là s’étendait une vallée ombragée de pins et de cyprès à la cime aiguë : Gargaphie est le nom de ce lieu, cher à Diane chasseresse ; au fond de ce vallon, et dans la sombre épaisseur du bois, s’ouvrait un antre où la main de l’art ne pénétra jamais ; mais le génie de la nature avait imité l’art[5] car c’est elle seule qui avait arrondi en voûte la pierre-ponce et le tuf léger.

À droite murmure une source dont les eaux limpides coulent dans un lit peu profond, entre deux rives verdoyantes ; c’est là que la déesse des forêts, épuisée par les fatigues de la chasse, aimait à répandre une onde pure sur ses chastes attraits[6].

Bain de Diane[modifier]

Elle vient sous la grotte, et remet à la Nymphe, chargée de veiller sur ses armes, son javelot, son carquois et son arc détendu ; une seconde reçoit dans ses bras la robe dont la déesse s’est dépouillée ; deux autres détachent la chaussure de ses pieds ; plus adroite que ses compagnes, la fille du fleuve Ismène, Crocale rassemble et noue les cheveux épars sur le cou de Diane, tandis que les siens flottent en désordre. Néphèle, Hyalé, Rhanis, Psécas et Phiale puisent de l’eau, et l’épanchent de leurs urnes profondes.

Actéon surprend Diane au bain[modifier]

Pendant qu’elles arrosent, selon la coutume, le corps de la déesse, tout à coup le petit-fils de Cadmus, qui, après avoir interrompu sa chasse, promenait au hasard ses pas incertains dans ce bois inconnu, arrive jusqu’à l’antre où le guide sa destinée.[7]. À peine est-il entré dans la grotte où cette fontaine répand une fraîche rosée, que les Nymphes, honteuses de leur nudité à la vue d’un homme[8], se frappent le sein, remplissent la forêt de hurlements soudains, et, pressées autour de Diane, lui font un voile de leur corps ; mais la déesse, plus grande qu’elles, les dominait encore de toute la tête[9]. Comme on voit un nuage placé vis-à-vis du soleil, et frappé de ses rayons, se nuancer de mille couleurs, comme brille la pourpre de l’aurore ; ainsi rougit Diane lorsqu’elle se vit exposée toute nue aux regards d’un homme. Bien que la foule de ses compagnes l’environne, elle ne laisse pas de s’incliner et de détourner le visage. Que n’a-t-elle ses flèches toutes prêtes ! Du moins elle s’arme de l’eau qui coule sous ses yeux, la jette au visage d’Actéon, et, répandant sur ses cheveux ces ondes vengeresses, elle ajoute ces mots, présage d’un malheur prochain :

« Maintenant, va raconter que Diane a paru sans voile à tes yeux ; si tu le peux, j’y consens ».

Actéon transformé en cerf[modifier]

Là finit sa menace, et, sur la tête ruisselante d’Actéon, elle fait naître le bois d’un cerf vivace, allonge son cou, termine ses oreilles en pointe, change ses mains en pieds, ses bras en jambes effilées, couvre son corps d’une peau tachetée, et jette dans son âme une vive frayeur. Le héros prend la fuite et s’étonne lui-même de la rapidité de sa course. À peine a-t-il vu l’image de ses cornes dans les eaux où il avait coutume de se mirer : Malheureux ! veut-il s’écrier ; mais il n’a plus de voix, et ses gémissements lui tiennent lieu de paroles ; des pleurs coulent sur son visage, hélas ! jadis humain ; dans son malheur, il ne lui reste que la raison. Quel parti prendre ? doit-il rentrer dans le royal palais, son ancienne demeure, ou se cacher au fond des forêts ? La crainte l’arrête d’un côté, et la honte de l’autre ;

Actéon poursuivi et dévoré par ses chiens[modifier]

tandis qu’il délibère, ses chiens l’ont aperçu : Mélampe et le subtil Ichnobate, l’un venu de la Crète et l’autre de Sparte, donnent le premier signal par leurs abois ; à leur suite s’élancent, plus prompts que le vent rapide, Pamphagus, Dorcée et Oribase, tous trois de l’Arcadie ; le vigoureux Nébrophon et le féroce Théron avec Lélaps ; Ptérélas et Agré, également précieux, l’un par son agilité, l’autre par la finesse de son odorat ; Hylé, blessé naguère par un sanglier farouche ; Napé, qu’un loup fit naître ; Pémenis, qui marchait autrefois à la suite des troupeaux ; Harpye, accompagnée de ses deux petits ; Ladon de Sicyone aux flancs évidés, et Dromas, et Canace, et Sticté, et Tigris, et Alcé ; Leucon, aussi blanc que la neige, et le noir Asbole, et le robuste Lacon ; Aello, infatigable à la course, et Thoüs, et l’Aigle ; Lycisque avec son frère Cyprius ; Harpale, dont le front noir est marqué d’une tache blanche, et Mélanée, et Lachné au poil hérissé ; Labres et Agriode, nés d’un père de Crète et d’une mère de Laconie ; Hylactor à la voix perçante, et vingt autres qu’il serait trop long de nommer. Cette meute, avide de curée, se précipite à travers des rochers inaccessibles, à travers des sentiers escarpés ou sans voie ; Actéon fuit dans ces mêmes lieux où tant de fois il a poursuivi les hôtes des forêts. Hélas ! il fuit les siens ! il voulait leur crier : « Je suis Actéon, reconnaissez votre maître ». La parole trahit sa volonté.


Cependant les chiens font retentir l’air de leurs aboiements. Mélanchète lui fait au flanc la première blessure, Théridamas la seconde, la dent d’Orésitrophe s’attache à son épaule. Ils étaient partis les derniers ; mais un sentier qui coupe la montagne leur permet de devancer la meute. Tandis qu’ils retiennent leur maître, elle arrive toute entière, et se jette à coups de dents sur Actéon. Bientôt il ne reste plus sur tout son corps de place à de nouvelles blessures ; il gémit, et si ses accents ne sont pas ceux d’une voix humaine, un cerf du moins ne saurait les faire entendre ; il remplit de ses cris lamentables les monts témoins de ses fatigues. Agenouillé, et dans une attitude suppliante, ne pouvant leur tendre les bras, il promène sur ses compagnons de muets regards. Cependant ils excitent la troupe alerte par leurs cris accoutumés ; ils ignorent le sort d’Actéon, le cherchent des yeux, et, comme s’il était absent, l’appellent à l’envi. À ce nom d’Actéon, il retourne la tête et les entend se plaindre de son absence et de sa lenteur à venir contempler la proie qui lui est offerte. Hélas ! il n’est que trop présent ; il voudrait ne pas l’être, il voudrait être le témoin, et non pas la victime des cruels exploits de sa meute ! Les chiens, l’entourant de tous côtés, plongent leurs dents dans les membres de leur maître, caché sous la forme trompeuse d’un cerf, et les mettent en lambeaux.

Ce ne fut qu’en exhalant sa vie par ses nombreuses blessures qu’il assouvit, dit-on, le courroux de la déesse qui porte le carquois.

Débat d’opinions[modifier]

La nouvelle du châtiment d’Actéon est diversement accueillie : les uns accusent la déesse de cruauté, d’autres approuvent sa rigueur, et la proclament digne de son austère chasteté ; chacun trouve des motifs plausibles à l’appui de son opinion.

Vengeance divine[modifier]

La seule épouse de Jupiter songe moins à témoigner son blâme ou son approbation qu’à se réjouir du malheur des enfants d’Agénor ; la haine qu’elle a conçue contre sa rivale de Tyr retombe sur sa postérité ; à son ancienne injure vient s’ajouter une injure récente : indignée que Sémélé porte dans son sein un gage de la tendresse du grand Jupiter, elle éclate en paroles amères : « Que m’est-il revenu de mes plaintes tant de fois renouvelées ? dit-elle. C’est ma rivale même que je dois attaquer ; oui, je la perdrai, si je mérite d’être appelée la puissante Junon, si ma main est digne de porter un sceptre étincelant de rubis, si je suis la reine des cieux, la sœur et la femme de Jupiter ; je suis sa sœur, au moins. Mais peut-être des plaisirs furtifs suffisent-ils à ma rivale ; peut-être n’a-t-elle fait à ma couche qu’une injure passagère. Mais non : elle conçoit ; il me manquait cet affront. Elle porte, à la face du ciel, son crime dans ses flancs ; et l’honneur d’être mère, dont je jouis à peine moi-même, elle veut le tenir de Jupiter, tant elle a de confiance dans sa beauté ! Je saurai bien tourner cette beauté contre elle. Non, je ne serai plus la fille de Saturne, si Jupiter, son amant, ne la précipite lui-même au fond du Styx ».

Texte latin[modifier]

source sur archive.org


131 Jam stabant Thebae. poteras iam, Cadme, videri 
     exilio felix. soceri tibi Marsque Venusque 
     contigerant: huc adde genus de coniuge tanta, 
     tot natos natasque et, pignora cara, nepotes,

135 hos quoque iam iuvenes. sed scilicet ultima semper 
       expectanda dies homini est, dicique beatus
# ante obitum nemo supremaque funera debet.
# Prima nepos inter tot res tibi, Cadme, secundas
# causa fuit luctus, alienaque cornua fronti

140. addita, vosque canes satiatae sanguine erili.
# at bene si quaeras, fortunae crimen in illo,
# non scelus invenies: quod enim scelus error habebat?
mons erat infectus variarum caede ferarum, 
iamque die rerum contraxerat umbras,

145 et sol ex aequo meta distabat utraque:
cum iuvenis placido per devia lustra vagantes 
participes operum compellat Hyantius ore: 
« Iina madent, comites, ferrumque cruore ferarum, 
fortunaeque dies habuit satis. altera lucem

150 cum croceis invecta rotis Aurora reducet,
propositum repetemus opus. nunc Phoebus utraque 
distat idem terra finditque vaporibus arva. 
sistite opus praesens nodosaque tollite lina.»
iussa viri faciunt intermittuntque laborem.

155 vallis erat piceis et acuta densa cupressu,
nomine Gargaphie, succinctae sacra Dianae, 
cuius in extremo est antrum nemorale recessu, 
arte laboratum nulla: simulaverat artem 
ingenio natura suo; nam pumice vivo

160 et levibus tofis nativum duxerat arcum. 
fons sonat a dextra, tenui perlucidus unda, 
margine gramineo patulos incinctus hiatus. 
hic dea silvarum venatu fessa solebat virgineos artus liquido perfundere rore.

165 quo postquam subiit, nympharum tradidit uni
armigerae iaculum pharetramque arcusque retentos; altera depositae subiecit bracchia pallae; vincla duae pedibus demunt. nam doctior illis Ismenis Crocale sparsos per colla capillos

170 colligit in nodum, quamvis erat ipsa solutis.
excipiunt laticem Nepheleque Hyaleque Ehanisque et Psecas et Phiale, funduntque capacibus umis. dumque ibi perluitur solita Titania lympha

ecce nepos Cadmi dilata parte labornm
per nemus ignotum non certis passibus errans 

176 pervenit in lucmn: sic illum fata ferebant.
qui simul intravit rorantia fontibus antra,
sicut erant nudae viso sua pectora njmphae
percussere viro subitisque mulatibus omne
implevere nemus, drcumfusaeque Dianam 

180 corporibus texere suis. tamen altior illis
ipsa dea est colloque tenus supereminet omnes.
qui color infectis adversi solis ab ictu
nubibus esse solet aut purpureae aurorae,
is fuit in vultu visae sine veste Dianae. 

185 quae quamquam comitum turba est stipata suarum,
in latus obliquum tamen astitit oraque retro
flexit. et ut vellet promptas habuisse sagittas,
quas habuit sic hausit aquas, vultumque virilem
perfudit spargensque comas ultricibus undis 

190 addidit haec dadis praenuntia verba futurae:
'nunc tibi me posito visam velamine narres,
si poteris narrare, licet.' nec plura minata
dat sparso capiti vivads comua cervi,
dat spatium collo summasque cacuminat aures, 

195 cum pedibusque manus, cum longis bracchia mutat
cruribus et velat maculoso vellere corpus.
additus et pavor est. fugit Autonoeius heros
et se tam celerem cursu miratur in ipso.
ut vero vultus et comua vidit in unda, 

200 'me misemml' dicturus erat: vox nuUa secuta est«
ingemuit: vox illa fuit; lacrimaeque per ora
non sua fluxemnt: mens tantum pristina mansit.
quid faciat? repetatne domum et regalia tecta?
an lateat silvis? pudor hoc, timor impedit illud. 

205 dum dubitat, videre canes: primique Melampus
Ichnobatesque sagax latratu signa dedemnt,
Gnosius Ichnobates, Spartana gente Melampus.
inde munt alii rapida velocius aura,
Pamphagus et Dorceus et Oribasus, Arcades omnes, 

210 Nebrophonusque valens et tmx cum Laelape Theron,
et pedibus Pterelas et naribus utilis Agre,
Hylaeusque fero nuper percussus ab apro,
deque lupo concepta Nape, pecudesque secuta
Foemenis, et natis comitata Harpyia duobus, 

215 et substricta gerens Sicjonius ilia Ladon
et D^omas et Canache Sticteque et Tigris et Ale

et nlveis Leucon et villis Asbolus atria praevalidusque Lacon et cursu fortis Aello

220 et Thous et Cyprio velox cum fi^tre Lycisce, et nigram medio frontem distinctus ab albo Harpalos et Melaneus hirsutaque corpore Lachne, et patre Dictaeo, sed matre Laconide nati Labros et Argiodus, et acutae vocis Hylactor,

225 quosque referre mora est. ea turba cupidine praedae per rupes scopulosque adituque carentia saxa» quaque est difficilis quaque est via nuUa^sequuntur. ille fugit per quae fiierat loca saepe secutus. heu, famulos fiigit ipse suos! clamare libebat

230 ^Actaeon ego sum, dominum cognoscite vestrumr' verba animo desunt: resonat latratibus aether. prima Melanchaetes in tergo vubiera fecit, proximaTherodamas: Oresitrophus haesit in armo* tar(}ius exierant, sed per compendia montis

235 anticipata via est. dominum retinentibus illis cetera turba coit confertque in corpore dentes, iam loca vulneribus desunt. gemit ille, sonumque, etsi non hominis, quem non tamen edere possit cervus, habet maestisque replet iuga nota querelis;

240 et genibus pronis supplex similisque roganti circumfert tacitos tamquam sua bracchia vultus* at comites rapidum soUtis hortatibus agmen ignari instigant oculisque Actaeona quaerunt < et velut absentem certatim Actaeona damant —

245 ad nomen caput ille refert — et abesse queruntur, nec capere oolatae segnem spectacula praedae. vellet abesse quidem; sed adest. velletque videre, non etiam sentire, canum fera facta suorum. undique circumstant, mersisque in corpore rostris

250 dilacerant falsi dominum sub imagine cervi. [nec nisi finita per plurima vulnera vita u^a pharetratae fertur satiata Dlanae

Rumor in ambiguo est. aliis violentior aequo Semele. visa dea est, alii laudant dignamque severa

255 virginitate vocant. pars invenit utraque causas* sola lovis coniunx non tam culpetne probetne eloquitur, quam clade domus ab Agenore ductae gaudet, et a Tyria collectum paelice transfert m generis socios odium. subit ecce priori

260 causa recens, gravidamque dolet de semine magni esse lovis Semelen. dum linguam ad iurgia solvit,
'profeci quid enim totiens per iurgia?' dixit:
'ipsa petenda mihi est. ipsam^ si maxima luno
rite Yocor, perdam, si me gemmantia dextra
sceptra tenere decet^ si sum regina lovisque 

265 et soror et coniunx, certe soror. at> puto, furto est
contenta, et thalami brevis est iniuria nostri?
concipitl id deeratl manifestaque crimina pleno
fert utero, et mater, quod vix mihi contigit^ uno
de loye vult fieri: tanta est fiducia formae. 

270 fallat eam faxo. nec sum Satumia, si non
ab love mersa suo Stygias penetrabit ad undas.*
surgit ab his solio» fulvaque recondita nube
limen adit Semeles. nec nubes ante remoyit,
quam simulavit aniun posuitque ad tempora canos 

275 sulcavitque cutem rugis, et curva trementi
membra tulit passu. vocem quoque fecit anilem,
ipsaque erat Beroe^ Semeles Epidauria nutrix.
ergo ubi captato sermone diuque loquendo
ad nomen venere lovis, suspirat et ^opto, 

280 luppiter ut sit' ait . ^metuo tamen omnia . multi
nomine divorum thalamos iniere pudicos.
nec tamen esse lovem satis est. det pignus amoris,
si modo verus is est quantusque et qualis ab alta
lunone excipitur, tantus talisque, rogato, 

285 det tibi complexus suaque ante insignia sumat*'
talibus ignaram luno Cadme*jda dictis
formarat rogat illa lovem sine nomine munus.
cui deus ^elige' ait, ^nullam patiere repulsam.
quoque magis credas, Stygii quoque conscia sunto 

290 numina torrentis: timor et deus ille deorum est.'
laeta malo nimiumque potens perituraque amantis
obsequio Semele ^qualem Satumia' dixit
*te solet amplecti, Veneris cum foedus initis,
da mihi te talem.' voluit deus ora loquentis 

295 opprimere: exierat iam vox properata sub auras.
ingemuit. neque enim non naec optasse, neque ille
non iurasse potest. ergo maestissimus altum
aethera conscendit, vultuque sequentia traxit
nubila, quis nimbos inmixtaque fulgura ventis 

800 addidit et tonitrus et inevitabile fulmen*
qua tamen usque potest, vires sibi demere temptat
nec, quo centimanum deiecerat igne Typhoea,
nunc armatur eo: nimium feritatis in illo est.
cst aliud levius fulmen, cui dextra Cyclopum 

805

Notes[modifier]

  1. Avec l’aide du Gaffiot (https://gaffiot.fr), ainsi que des traductions de → Les Métamorphoses d’Ovide (trad. Danièle Robert) (Actes Sud, Thesaurus, 2001) (p.121-127) et → Les Métamorphoses d’Ovide (trad. Marie Cosnay) (Ogre, 2017) (p.95-99), j’ai repris quelques mots ou passages qui me semblaient plus relever de la vision du traducteur dans le contexte de son époque que d’une immersion dans le monde ovidien. Le texte latin figure en dernière section de la présente page.
  2. Cadmus épousa Harmonie, le plus souvent présentée comme fille de Mars et Vénus
  3. Ovide disculpe d’emblée Actéon. À moins que la question soit à prendre au premier degré : Ovide ne croit pas au hasard, il demande au lecteur : « quel crime pouvait-on imputer à l’erreur ? »
  4. On pense — abusivement peut-être — au repos du guerrier.
  5. Pour Platon, l’art imite la nature ; certes la formule d’Ovide paraît inverse mais en substance, il place bien la nature au-dessus de l’art. Ovide est ouvertement pythagoricien, et certainement platonicien, Platon étant en grande partie l’héritier de Pythagore.
  6. Il est évident qu’Actéon connaît parfaitement le lieu, il ne peut ignorer l’éventualité que la déesse s’y trouve pour un bain, surtout à l’heure de la journée, précisée avec insistance, où on a le plus besoin de se rafraîchir.
  7. Ovide répète l’explication de la présence d’Actéon en ce lieu prétendument inconnu en insistant sur la destinée qui l’y aurait conduit ; si on ajoute à cela le fait qu’il le nomme alors petit-fils de Cadmus, on comprendra qu’il fait très clairement allusion à la vengeance orientée vers son grand-père.
  8. Ovide a écrit les Métamorphoses dans les toutes premières années de notre ère, nous sommes encore loin de la civilisation chrétienne et de la honte de la nudité.
  9. Représentons-nous la scène : Diane est cachée par les nymphes, Actéon ne peut voir que sa tête dépasser.