Doc:Cronos : Différence entre versions

De WikiFiction
Aller à : navigation, rechercher
(Saturne (mythologie romaine))
Ligne 8 : Ligne 8 :
  
 
Saturne préside les Saturnales, fêtes romaines se déroulant durant la semaine du solstice d’hiver.
 
Saturne préside les Saturnales, fêtes romaines se déroulant durant la semaine du solstice d’hiver.
 +
 +
<html>
 +
<iframe width="560" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/OpR0ErMvArg?si=xf-ke6L6o7jwMLx9" title="YouTube video player" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe>
 +
</html>
  
 
=== Chronos ===
 
=== Chronos ===

Version du 30 mars 2025 à 00:27

Cronos

Roi des Titans, Cronos évoque avant tout celui qui a castré son père et dévore ses enfants. Toutefois, l’un deux, Zeus, échappera à ce sort et sauvera ses frères et sœurs.

Variante orthographique : Kronos

Saturne (mythologie romaine)

Saturnus en latin

Saturne préside les Saturnales, fêtes romaines se déroulant durant la semaine du solstice d’hiver.

Chronos

La confusion entre Cronos et Chronos s’étant installée, il paraît utile de placer les deux sur une même page de ce wiki, précisément pour la souligner et ne pas perdre de vue que nous avons probablement affaire à deux personnages distincts (voir cependant plus bas, section Symbolique, le point de vue de Macrobe).

Saturne dévorant un de ses enfants.
Temps ?

L’assimilation erronée de Saturne à Chronos — paronyme de Cronos — a créé une confusion bien ancrée l’assimilant au temps et aux saisons (idée que les Saturnales renforcent puisque le solstice d’hiver peut être vu comme le temps zéro).

Si l’on en croit Macrobe, philosophe latin du Ve siècle, « Κρόνος (Saturne), et χρόνος (le temps), ne sont qu'un même dieu » : Saturnales, chap. VIII dont voici l’extrait ci-dessous.

librement accessible en ligne sur le site Remacle

Lorsque tout était chaos, le temps n'existait point encore. Car le temps est une mesure, prise des révolutions du ciel; donc le temps est né du ciel; donc c'est du ciel qu'est né Κρόνος (Saturne), qui, ainsi que nous l'avons dit, est le même que χρόνος (le temps) : et comme les divers principes de tout ce qui a dû être formé après le ciel découlaient du ciel lui-même, et que les divers éléments qui composent l'universalité du monde découlaient de ces principes, sitôt que le monde fut parfaitement terminé dans l'ensemble de ses parties et dans chacun de ses membres, le moment arriva où les principes générateurs des éléments durent cesser de découler du ciel, car la création de ces éléments était désormais accomplie. Depuis lors, pour perpétuer sans cesse la propagation des animaux, la faculté d'engendrer par le fluide fut transportée à l'action vénérienne; en sorte que, de ce moment, tous les êtres vivants furent produits par le coït du mâle avec la femelle. À raison de la fable de l'amputation des parties naturelles, nos physiciens donnèrent au dieu le nom de Saturnus, pour Sathimus, dérivant de σάθη, qui signifie le membre viril. On croit que de là aussi vient le nom des Satyres, pour Sathimni, à cause que les Satyres sont enclins à la lubricité. Quelques-uns pensent que l'on donne une faux à Saturne, parce que le temps coupe, tranche et moissonne tout. On dit que Saturne est dans l'usage de dévorer ses enfants, et de les vomir ensuite. C'est encore afin de désigner qu'il est le temps, par lequel toutes choses sont tour à tour produites et anéanties, pour renaître ensuite de nouveau. Lorsqu'on dit que Saturne a été chassé par son fils, qu'est-ce que cela signifie, sinon que les temps qui viennent de s'écouler sont refoulés par ceux qui leur succèdent ? On dit qu'il est lié, parce que les diverses portions du temps sont unies ensemble par les lois régulières de la nature; ou bien parce que la substance des fruits est formée de noeuds et de fibres enlacés.


Soleil noir

Dans son étude sur Paracelse[1], p. 196, Jung oppose Saturne au Soleil :

Saturne est symbole du froid, de l’obscur, du lourd, et de l’impur, le Soleil est précisément le contraire. Cette séparation [du Soleil et de Saturne] une fois accompli et le corps purifié par la mélisse[2] et libéré de la mélancolie saturnienne, peut se produire la coniunctio avec l’homme intérieur (astral) doué de longue vie, duquel résulte ensuite l’ Enochdianus, l’homme doué de vie éternelle.

On associera souvent Saturne, au soleil noir, c’est-à-dire à la mélancolie.

Raymond Klibansky, Erwin Panofsky et Fritz Saxl développeront ce thème dans un livre de 744 pages :

Saturne et la mélancolie (présentation sur le site de Gallimard)
Le livre est malheureusement épuisé mais la Revue Germanique Internationale, via le site Open Édition, nous propose un article en ligne sur le sujet :
La Mélancolie et Saturne : un projet collectif au long cours de la bibliothèque Warburg


Âge d’or

À l’opposé, Marie-Josette Bénéjam-Bontems[3] — se référant à Evéhémère, mythographe du IIIe siècle av. J.C., et aux poètes du Ier siècle av. J.C. : Horace, Tibulle, Virgile — choisit de voir Saturne

sous les traits d’un dieu vaincu, exilé du ciel sur la terre, trouvant refuge en Italie où il fait régner l’âge d’or.

C’est également Marie-Josette Bénéjam-Bontems qui traite Cronos dans le même dictionnaire[4]. Sans surprise, elle évoque d’abord Hésiode, poète du VIIe siècle av. J.C, qui en fait « le premier roi des dieux »

au double visage : redoutable dans la Théogonie [...] rassurant dans Les Travaux et les Jours où il veille du ciel sur la “race d’or”

Ensuite, elle retient de la tradition orphico-pythagoricienne les îles Fortunées dont Cronos, pardonné par Zeus, aurait été le souverain. Enfin, Platon s’empare de ce mythe de Cronos.


Jean-François Mattéi développe ce mythe de l’âge d’or de Kronos au chap. II (p.56-80) d’un ouvrage consacré au mythe platonicien[5]

On pourrait par ailleurs le rapprocher d’autres mythes platoniciens, tels que le mythe d’Er[6] ou celui de l’Atlantide :

Doc:Utopies de Platon


Déjà au VIIIe siècle av. J.C., Hésiode décrit cet âge d’or :

Sous l’empire de Kronos qui commandait dans l’Ouranos, ils vivaient comme des Dieux, doués d’un esprit tranquille. Ils ne connaissaient ni le travail, ni la douleur, ni la cruelle vieillesse ; ils gardaient toujours la vigueur de leurs pieds et de leurs mains, et ils se charmaient par les festins, loin de tous les maux, et ils mouraient comme on s’endort. Ils possédaient tous les biens ; la terre fertile produisait d’elle-même et en abondance ; et, dans une tranquillité profonde, ils partageaient ces richesses avec la foule des autres hommes irréprochables.[7]


Îles Fortunées ou Îles des Bienheureux

De nombreuses sources voit cet âge d’or se vivre sur des Îles Fortunées, parfois nommées Îles des Bienheureux, situées aux confins du monde connu.

Pindare situe ces îles en Sicile[8]

Jacques d'Édesse parle simplement d’une île au milieu de l’Océan :

Le voyage du moine Zozime sur l'île des bienheureux Récabites ou Description d'une société idéale par un moine du VIIe siècle (libre accès sur archives.org).

Un étude de Christiane Muratelle les verrait bien aux Canaries[9]

Ces Bienheureux sont souvent les disparus, la mort étant vue comme un exil en un lieu plus ou moins paradisiaque. Ainsi, on peut rapprocher ces îles des Champs Élysées, lieux situés au Enfers réservés à ceux qui ont vécu dans la vertu.


Patricide

Saturne (Cronos) ne tue pas à proprement parler son père Uranus (Ouranos) et lui-même n’est pas assassiné par Jupiter (Zeus) puisque ce sont des Immortels mais l’acte de castration du père s’apparente tout autant à un meurtre que l’exil imposé par



Voir aussi

JDR:Saturne (planète)



  1. Synchronicité et Paracelsica 1942 pour la partie concernant Paracelse → sur le site de l’éditeur (Albin Michel, 1988) → sur l’espace francophone jungien
  2. Paracelse est à la fois médecin et alchimiste. Il a recours aux plantes médicinales dans ce qui peut paraître deux usages bien distincts à la rationalité de l’homme moderne : guérison physiologique et connaissance de soi (sous des apparences de quête de l’immortalité, il s’agit plutôt d’un travail comparable à l’individuation jungienne ou encore au nirvana bouddhique).
  3. Pierre Brunel : Dictionnaire des mythes littéraires (Éd. du Rocher, 1994), entrée Saturne, p. 1263-1266
  4. ibid, entrée Cronos, p. 384-386
  5. Platon et le miroir du mythe
  6. À propos du mythe d’Er, voir aussi → Doc:Enfer
  7. Les Travaux et les Jours, Livre I, §61. Trad. Leconte de Lisle sur Wikisource
  8. Les Petits poèmes grecs/Pindare/Olympiques/II (Wikisource)
  9. Les Îles fortunées : verger baroque et jardin exotique in revue Eidôlon n°74 (PUF, 2006) librement accessible sur Open Édition.