Doc:Le cas Médée
Blandine Le Callet
- → Médée (Nancy Peña, dessins ; Blandine Le Callet, rédaction) (Casterman, 2021)
- → Pouvoir comprendre, pouvoir soigner, pouvoir guérir dans la série Médée de Peña et Le Callet par Julie Gallego (PUR, 2025 - OpenEdition)
Cet article étudie en détail comment l'autrice s'éloigne de la figure classique de la sorcière pour proposer une Médée savante et rationnelle. Il analyse le rapport du personnage à la médecine, aux sciences antiques et aux plantes (pour soigner ou tuer).
- C’est l’exemple type du procédé de rationalisation du mythe. Il montre comment déshabiller un personnage de ses attributs "magiques" ou divins pour en faire un être de raison et de science, ancré dans une réalité historique palpable.
- → Médée. Versions et interprétations d'un mythe (Blandine Le Callet et autres) (PUFC, Cahiers du théâtre antique n°2 - Cahiers du GITA n°20, 2016)
Ouvrage collectif dirigé en partie par Blandine Le Callet elle-même. Il explore comment le personnage de Médée a été réinventé à travers les âges, et contient des interventions et des analyses sur la genèse de sa propre bande dessinée.
- L'analyse décortique la notion de "monstruosité", démonte le piège patriarcal et politique qui s'est refermé sur Médée (faisant d'elle la coupable idéale pour blanchir les trahisons de Jason). Elle montre comment on peut réhabiliter un personnage considéré par la tradition comme une criminelle absolue en travaillant sur l'intimité et la perspective.
- Le procédé de la "confession" (Narrateur non fiable)
- C'est Médée elle-même, vieille et retirée sur une île, qui prend la parole pour livrer son ultime confession et raconter "sa" vérité.
- Subjectivité du témoignage.
- Justification par le personnage lui-même de qu’on a raconté sur lui.
Christa Wolf
- → Médée (Christa Wolf) (Stock, 2001) (paru en 1996)
- → Médée. Voix de Christa Wolf : présentation par Anne Lemonnier-Lemieux (Société Générale de Littérature comparée, 2021)
Cette étude examine la structure polyphonique du roman, qui s'articule autour de 6 narrateurs différents (Médée, Jason, Glaucé, etc.) donnant chacun leur version des faits. L'article explore les motifs corporels (la main agissante face à la tête pensante/politique) et la confrontation des récits personnels.
- Cet article illustre le procédé de l'éclatement de la voix narrative. Au lieu d'avoir un narrateur omniscient ou un seul point de vue, le mythe est reconstruit comme un puzzle à travers les témoignages subjectifs d'alliés et d'ennemis.
- Outil structurel évitant le récit linéaire
- → Médée : selon Euripide et Christa Wolf, deux versions par Jacqueline Rousseau-Dujardin (Presses universitaires de Vincennes, 2006)
Cet article confronte la tragédie d'Euripide à la réécriture moderne de Christa Wolf. Il décortique le glissement sémantique du personnage : comment la "criminelle absolue" d'Euripide devient, sous la plume de Wolf, une victime politique et le bouc émissaire d'une cité corrompue (Corinthe).
- Le levier de la Dé-diabolisation) :
- Jacqueline Rousseau-Dujardin montre comment la réécriture peut servir à renverser le verdict de l'Histoire. Wolf prive Médée de son crime emblématique (l'infanticide) pour révéler que ce sont les Corinthiens qui ont lynché ses enfants.
- Modification d’un événement pivot d'un mythe transformant la portée morale de tout le récit.
| Thématique | Médée dans le mythe d'origine (Euripide / Sénèque) | Médée dans la BD de B. Le Callet & N. Peña (2014) | Médée dans le roman de Christa Wolf (1996) |
|---|---|---|---|
| Statut, rôle et point de vue | Antagoniste tragique et infanticide. Elle est la magicienne barbare, démesurée et vengeresse. Le récit est extérieur et se focalise sur l'horreur de ses actes. | Héroïne et narratrice subjective. Médée, âgée, livre sa confession depuis son exil. Elle donne sa propre version des faits pour nuancer sa réputation de monstre. | Figure de bouc émissaire politique. Le récit est éclaté en 6 voix (polyphonie). Médée est une étrangère lucide, victime de la corruption et de la propagande de la cité de Corinthe. |
| La sorcellerie et le savoir | Pouvoir divin, occulte et destructeur. Descendante du Soleil (Hélios), sa magie est innée, terrifiante et liée aux forces sombres (poisons mortels, invocation d'Hécate). | Science rationnelle et observation. Sa "magie" est en réalité une expertise en botanique, en médecine et en remèdes. Elle est crainte car elle est une femme instruite. | Savoir archaïque et guérisseur. Elle possède une sagesse primitive liée à la terre et à la vie. Sa science guérit et dérange l'ordre patriarcal et technocratique corinthien. |
| Le crime et l'infanticide | Acte conscient de vengeance absolue. Elle égorge délibérément ses propres enfants pour punir la trahison de Jason, signant son statut de criminelle mythique. | Piège tragique et inéluctable. L'infanticide a bien lieu, mais il est le résultat d'un engrenage politique et psychologique où elle est acculée par la trahison des hommes. | Innocence totale et réhabilitation. Elle n'a pas tué ses enfants. Ce sont les Corinthiens qui les ont lynchés. Le pouvoir a inventé le mythe de l'infanticide pour la diaboliser. |
| La relation à Jason | Passion destructrice et haine féroce. D'abord soumise par l'amour (Flèche d'Éros), elle bascule dans une haine absolue après sa répudiation, cherchant sa destruction totale. | Désillusion et émancipation active. La relation explore la complexité du couple. Elle prend conscience de l'opportunisme de Jason et cherche à sauver sa dignité. | Confrontation idéologique. Jason est un homme faible, brisé par l'ambition politique, qui a choisi de s'aligner sur le pouvoir corrompu face à une Médée restée intègre. |
| La fin du mythe | Apothéose divine et impunie. Elle s'enfuit de Corinthe sur le char ailé de son grand-père Hélios, emportant les corps de ses enfants, échappant à la justice humaine. | Exil terrestre et apaisement. Pas de char divin : elle part vers un exil solitaire et humain. La fin insiste sur sa résilience et la survivance de sa mémoire. | Exil intérieur et deuil universel. Bannie, isolée et privée de tout, elle survit dans un monde hostile. Le récit s'achève sur son amertume face à la folie des hommes. |


