Di:03

De WikiFiction
Version datée du 14 septembre 2026 à 10:27 par Admin (discussion | contributions) (1 version importée)
(diff) ← Version précédente | Voir la version actuelle (diff) | Version suivante → (diff)

Vidéo

Cliquez ici si rien ne s'affiche[1]

→ Mon Arcadie
→ Ma zone (pour mémoire)
→ Boîte à délires (pour mémoire)

Documentation

→ Arcadie

Voir aussi :

→ Doc:Utopie

Illustration musicale

Un roi sans divertissement

Article de référence pour une étude diégétique très particulière à propos de Un roi sans divertissement:

→ Un récit à narrateur déficient par Michel Sirvent.

Ce qui suit en est en partie inspiré.


Le premier narrateur du récit ne fait pas partie de l’histoire, il est extradiégétique (aucun des personnages ne le connaît).

Cette position ne lui donne ni ne le limite à aucun point de vue subjectif, il paraît, tout d’abord, omniscient.

Toutefois, contrairement à beaucoup d’histoires où un narrateur omniscient nous raconte les événements du début à la fin, ici, notre narrateur va, en un premier temps, céder la parole à un personnage du récit (intradiégétique). Il le fait d’ailleurs de façon originale en employant un futur (« dira Frédéric II ») laissant supposer que ce qu’il nous dit, il le tient d’un témoignage obtenu du second narrateur. Ainsi, ce premier narrateur (super-narrateur) rentre dans l’histoire, ce qui le rend intradiégétique. Dans le tableau ci-dessous emprunté à Michel Sirvent, auteur de l’article cité en référence, celui-ci qualifie avec pertinence le niveau de narration comme (pseudo) intra-intradiégétique.
Notre super-narrateur — ou narrateur extradiégétique ou narrateur pseudo intradiégétique — utilisera le même procédé avec les vieillards (p.77[2]) :

J’ai eu de longs échos de ce Langlois par la suite. À une certaine époque, il y a plus de trente ans, le banc de pierre, sous les tilleuls, était plein de vieillards qui savaient vieillir. Voilà ce qu’ils me dirent, tantôt l’un, tantôt l’autre.

De plus, on remarque qu’il faut s’attendre à un narrateur assez indistinct : tantôt l’un, tantôt l’autre parmi plein de vieillards.
Il me semble que le « Voilà ce qu’ils me dirent » reste tout à fait comparable au « dira Frédéric II ». Il s’ensuit que les récits des vieillards doivent bénéficier d’un classement identique au précédent : (pseudo) intra-intradiégétique (bien que Michel Sirvent le classe simplement comme intradiégétique).
Notons que l’absence de cette courte introduction sur les vieillards laisserait le narrateur omniscient et donc purement extradiégétique. Les vieillards sur le banc sont d’ailleurs eux-mêmes extradiégétiques par rapport au récit qu’ils narrent puisque dans ce récit personne n’a connaissance d’eux sur le banc bien des années après les événements.
Notons enfin que ni Frédéric II ni les vieillards ne s’adressent au super-narrateur, pas plus qu’ils ne l’évoquent de quelque façon, ce qui rend sa présence diégétique très douteuse et lui vaut le pseudo devant son intra.
Les vieillards vont, à leur tour, transmettre une narration de Saucisse. Là encore, le procédé est inhabituel : ils restituent un dialogue entre eux et Saucisse mais, à la façon d’un fondu enchaîné (Giono a fait du cinéma), Saucisse devient progressivement la narratrice. Ainsi les vieillards deviennent extradiégétiques par rapport aux événements rapportés par Saucisse.
Ayant classé les vieillards dans un niveau de narration (pseudo) intra-intradiégétique, je classerai Saucisse comme (pseudo) intra-intra-intradiégétique.
Et même, dans un court passage (p.145[2]), Saucisse devient extradiégétique par rapport à la prise de parole de Langlois au sujet de la dentellière. Nous arrivons à un niveau (pseudo) intra-intra-intra-intradiégétique.
Dans l’épilogue, on ne peut pas vraiment considérer Anselmie comme narratrice car elle ne s’exprime qu’à travers un dialogue avec, on suppose, les vieillards. On reste cependant dans une (pseudo) intra-intra-intradiégèse (au même niveau narratif que Saucisse) dans la mesure où tout ce que raconte les vieillards, ils le tiennent d’Anselmie et sont donc extradiégétiques par rapport à cette narration.

La scène finale me paraît carrément dépourvue de narrateur : introduite par « eh bien voilà ce qu’il dut faire. », elle se place dans ce qu’on pourrait qualifier d’anti-diégèse — ou, à la rigueur, de post-diégèse.

En effet, par ce qui précède, on sait que Langlois est parti. L’histoire s’arrête là. Après ce ne sont que des suppositions. Qu’est-ce qui nous fait penser que Langlois s’est suicidé ? Ce qui est raconté mais rien n’est raconté, précisément parce qu’une narration doit être vraie ou fausse par rapport à sa diégèse, c’est justement à cela que sert une diégèse.

Giono joue ce tour de force de nous mettre face à une pseudo narration : un événement peut se dérouler sans témoin mais dans ce cas il ne peut être raconté, ce qui revient à dire qu’il ne peut y avoir de narration, et encore moins de diégèse censée poser le cadre d’une narration.

Toutefois, nombreuses sont les fictions qui, nous laissant sur notre faim nous laissent sur notre fin, celle que nous choisirons parmi toutes les fins possibles alors que la narration est finie. On pourrait appeler cela une post-diégèse créée par la frustration du public. Eh bien, Giono devient son propre lecteur frustré inventant un dénouement. Il nous rappelle ainsi que l’histoire ne lui appartient plus.

Ce n’est pas là exactement la conclusion de Michel Sirvent mais son point d’interrogation derrière le suprarécit final s’en approche.


Notons le recours à l’anagramme (à une lettre près) pour nommer le personnage principal :

[L]anglois → loi [du] sang


unRoiSansDivertissementAnalyse



  1. ↑ Si la vidéo ne s'affiche pas ou si vous ne bénéficiez pas d'une connexion suffisante pour la visualiser en ligne, téléchargez-la (bouton droit : "Enregistrer la cible du lien sous...") afin de pouvoir la visionner hors connexion.
  2. ↑ 2,0 et 2,1 Référence à l’édition Gallimard, coll. Classico-Lycée n°118