Calli talk:La cité aux armoires inquiètes
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Ancienne version[modifier]
Lorsque par une matinée de septembre, les premiers panneaux annonçant l’ouverture des magasins Shein furent installés sur les grandes artères parisiennes, un frisson parcourut la ville. Non pas un frisson de curiosité, mais celui d’un trouble dont nul ne saurait si il serait triomphe ou désastre.
Eleonore Delmas professeur d’histoire de la mode observait ce phénomène avec inquiétude. Femme de savoir et de savoir-faire, attachée aux belles étoffes, aux créateurs voyait cet art déjà fragilisé par l’industrialisation, soudain menacé par ce prêt à jeter. Il y avait aussi Malik, jeune créateur parisien, lui voyait dans cette ouverture une menace directe pour son atelier du XX ieme arrondissement. Sa boutique survivait vivotait grâce aux ventes réalisées par une toute petite clientèle qui préférait une pièce unique à un article copié, dupliqué par une imprimante fatiguée. Enfin Claire étudiante en droit écrasée par des loyers exorbitants, des emplois mal payés, mal considérés. Shein était pour elle une aubaine, la mode à petits prix. Elle ne savait rien ou presque de la pollution, des ateliers lointains. Elle savait seulement que la pauvreté s’accorde mal avec l’éthique la plus stricte.
Le jour de l’ouverture, les clients se sont précipités sous les néons agressifs de Shein. Eleonore y observa les tissus synthétiques sans âme. A la sortie Malik s’adressa à Claire chargé de sacs légers comme des promesses vaines. - « Ce qui coûte pas cher, se paie ailleurs » Claire garda le silence.
Les mois suivants, les boutiques indépendantes déclinèrent et les déchets textiles augmentèrent. Claire découvrit que les vêtements à peine achetés semblaient déjà usés. Un jour, Claire entra dans l’atelier de Malik, ses créations plus couteuses mais vibrantes d’authenticité éveillèrent en elle une forme de lucidité.
Un an après les néons de Shein brillaient toujours, mais une forme de résistance naissait, celle du durable, du local et du singulier. L’arrivée de la fast-fashion n’avait pas détruit Paris. La capitale avait toujours su survire aux tempêtes en réinventant sa propre élégance.