Doc:Saturne (symbolique)

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Symbolique de Saturne

Saturne dévorant un de ses enfants.


Temps ?

L’assimilation erronée de Saturne à Chronos — paronyme de Cronos — a créé une confusion bien ancrée l’assimilant au temps et aux saisons (idée que les Saturnales renforcent puisque le solstice d’hiver peut être vu comme le temps zéro).

Si l’on en croit Macrobe, philosophe latin du Ve siècle, « Κρόνος (Saturne), et χρόνος (le temps), ne sont qu'un même dieu » : Saturnales, chap. VIII dont voici l’extrait ci-dessous.

librement accessible en ligne sur le site Remacle

Lorsque tout était chaos, le temps n'existait point encore. Car le temps est une mesure, prise des révolutions du ciel; donc le temps est né du ciel; donc c'est du ciel qu'est né Κρόνος (Saturne), qui, ainsi que nous l'avons dit, est le même que χρόνος (le temps) : et comme les divers principes de tout ce qui a dû être formé après le ciel découlaient du ciel lui-même, et que les divers éléments qui composent l'universalité du monde découlaient de ces principes, sitôt que le monde fut parfaitement terminé dans l'ensemble de ses parties et dans chacun de ses membres, le moment arriva où les principes générateurs des éléments durent cesser de découler du ciel, car la création de ces éléments était désormais accomplie. Depuis lors, pour perpétuer sans cesse la propagation des animaux, la faculté d'engendrer par le fluide fut transportée à l'action vénérienne; en sorte que, de ce moment, tous les êtres vivants furent produits par le coït du mâle avec la femelle. À raison de la fable de l'amputation des parties naturelles, nos physiciens donnèrent au dieu le nom de Saturnus, pour Sathimus, dérivant de σάθη, qui signifie le membre viril. On croit que de là aussi vient le nom des Satyres, pour Sathimni, à cause que les Satyres sont enclins à la lubricité. Quelques-uns pensent que l'on donne une faux à Saturne, parce que le temps coupe, tranche et moissonne tout. On dit que Saturne est dans l'usage de dévorer ses enfants, et de les vomir ensuite. C'est encore afin de désigner qu'il est le temps, par lequel toutes choses sont tour à tour produites et anéanties, pour renaître ensuite de nouveau. Lorsqu'on dit que Saturne a été chassé par son fils, qu'est-ce que cela signifie, sinon que les temps qui viennent de s'écouler sont refoulés par ceux qui leur succèdent ? On dit qu'il est lié, parce que les diverses portions du temps sont unies ensemble par les lois régulières de la nature; ou bien parce que la substance des fruits est formée de noeuds et de fibres enlacés.

Soleil noir

Dans son étude sur Paracelse[1], p. 196, Jung oppose Saturne au Soleil :

Saturne est symbole du froid, de l’obscur, du lourd, et de l’impur, le Soleil est précisément le contraire. Cette séparation [du Soleil et de Saturne] une fois accompli et le corps purifié par la mélisse[2] et libéré de la mélancolie saturnienne, peut se produire la coniunctio avec l’homme intérieur (astral) doué de longue vie, duquel résulte ensuite l’ Enochdianus, l’homme doué de vie éternelle.

On associera souvent Saturne, au soleil noir, c’est-à-dire à la mélancolie.

Raymond Klibansky, Erwin Panofsky et Fritz Saxl développeront ce thème dans un livre de 744 pages :

Saturne et la mélancolie (présentation sur le site de Gallimard)
Le livre est malheureusement épuisé mais la Revue Germanique Internationale, via le site Open Édition, nous propose un article en ligne sur le sujet :
La Mélancolie et Saturne : un projet collectif au long cours de la bibliothèque Warburg
Âge d’or

À l’opposé, Marie-Josette Bénéjam-Bontems[3] — se référant à Evéhémère, mythographe du IIIe siècle av. J.C., et aux poètes du Ier siècle av. J.C. : Horace, Tibulle, Virgile — choisit de voir Saturne

sous les traits d’un dieu vaincu, exilé du ciel sur la terre, trouvant refuge en Italie où il fait régner l’âge d’or.

C’est également Marie-Josette Bénéjam-Bontems qui traite Cronos dans le même dictionnaire[4]. Sans surprise, elle évoque d’abord Hésiode, poète du VIIe siècle av. J.C, qui en fait « le premier roi des dieux »

au double visage : redoutable dans la Théogonie [...] rassurant dans Les Travaux et les Jours où il veille du ciel sur la “race d’or”

Ensuite, elle retient de la tradition orphico-pythagoricienne les îles Fortunées dont Cronos, pardonné par Zeus, aurait été le souverain. Enfin, Platon s’empare de ce mythe de Cronos.

Jean-François Mattéi développe ce mythe de l’âge d’or de Kronos au chap. II (p.56-80) d’un ouvrage consacré au mythe platonicien[5]
  1. Synchronicité et Paracelsica 1942 pour la partie concernant Paracelse → sur le site de l’éditeur (Albin Michel, 1988) → sur l’espace francophone jungien
  2. Paracelse est à la fois médecin et alchimiste. Il a recours aux plantes médicinales dans ce qui peut paraître deux usages bien distincts à la rationalité de l’homme moderne : guérison physiologique et connaissance de soi (sous des apparences de quête de l’immortalité, il s’agit plutôt d’un travail comparable à l’individuation jungienne ou encore au nirvana bouddhique).
  3. Pierre Brunel : Dictionnaire des mythes littéraires (Éd. du Rocher, 1994), entrée Saturne, p. 1263-1266
  4. ibid, entrée Cronos, p. 384-386
  5. Platon et le miroir du mythe