Di:Monde idéal de fleur (description)

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Le paysage et la nature[modifier]

Je me levais, marchais en pleine nature, au bord d'un immense lac parsemé d'embarcations de pêcheurs, à proximité d’une forêt vaste et luxuriante. Les montagnes au loin composaient un paysage majestueux sous un ciel d’un bleu pur variant à peine d’un jour à l’autre. Les animaux peuplaient la forêt en perpétuant le cycle de la vie ; les chenilles devenaient des papillons au rythme de la nature, les oiseaux au plumage bariolé s’en nourrissaient, avant de pavoiser dans le ciel et de régaler leurs auditeurs d’un concert joyeux. Le climat était en permanence très doux, avec une alternance de soleil diurne et de pluie nocturne arrosant la végétation et favorisant les récoltes abondantes. La forêt, ponctuée de clairières aménagées comme des jardins botaniques ou des parcs d'agrément, avec des fontaines, des cascades d'eau, des statues et des hamacs occupés par des êtres nus gracieux, réjouissait les sens. L’herbe grasse et la terre souple étouffaient le bruit des marcheurs ou des chevaux.

Le Lac No était déjà approvisionné par le Nil Blanc, qui traverse le Burundi et l’Ouganda et alimente en eau un immense territoire, jusque dans les plaines du sud du Soudan. Dans cet écrin de beauté sauvage circulaient avec majesté des troupeaux d’éléphants, rois incontestés d’un écosystème idéal. Les autres espèces s’inclinaient sur leur passage, les autruches ornées, telle la reine de Saba, les hippopotames au cuir étincelant, les girafes qui tendaient gracieusement leur cou au passage du convoi et les fières antilopes, prêtes à montrer à tout moment leur talent à la course. À l’arrière-plan de cette haie d’honneur se tenaient les chameaux, menés par les nomades fuyant le désert inhospitalier du Sahara pour atteindre la plaisante Nubie, encore préservée à cette époque des guerres entre tribus. Ce monde, en effet, ne connaissait ni armée ni police, les conflits se résolvant par des médiateurs dont la sagesse était avérée.

Concernant les crimes les plus graves, la communauté intervenait immédiatement pour prêter assistance aux victimes et punir les coupables. On exilait les récidivistes.

Les hommes[modifier]

La civilisation des hommes prospérait sous des auspices sereins, sans autre possession que quelques chèvres, moutons et lopins de terre. La culture principale était celle du sorgho, utilisé pour la cuisson de bouillies nourrissantes ou le brassage de la bière, et du palmier dattier, pourvoyeur de fruits et de miel. La pêche contribuait à nourrir les familles sans aucune pénurie. J’ai eu l’occasion de participer à plusieurs sorties en pirogue et d’admirer le savoir-faire des pêcheurs remontant, encore frétillant, le poisson pris dans une nasse en bois tressé. J’ai vu des crocodiles glisser entre deux eaux, descendant le Nil Blanc avec lenteur, ils étaient vénérés tels des dieux par les Nubiens, qui les momifiaient après leur mort. Ces grands reptiles sont pourtant voraces et probablement sourds aux prières des hommes qui tombent à l’eau, mais cela n’est jamais arrivé en ma présence durant le temps que j’ai passé sur le Nil Blanc. J’ai goûté la quiétude sur le fleuve et j’ai aimé observer les coutumes de ce peuple, qui me semblait évoluer dans un monde idéal.

La paix et l’amour régnaient partout, quel que soit l’origine ou la couleur de la peau. Chacun pouvait s’exprimer dans l’intimité du foyer, s’il ne souhaitait pas le faire sous le regard des autres. Ainsi, la religion se pratiquait dans un espace privé ou dans un lieu choisi avec ceux qui partageaient la même foi. Beaucoup étaient animistes, la nature inspiraient leurs prières et leurs offrandes. Il n’y avait ni clergé ni chaman pour guider et encadrer la pratique religieuse, chacun étant libre de ses choix.

La mission que j’assurais alors au Soudan était enrichissante et me mettait en joie.

Habitations[modifier]

Réparties en chapelet le long du Nil Blanc, les habitations en terre et en paille, pourvues de greniers à céréales, étaient entourées de champs cultivés et de vergers illuminés de plantes fleuries aux couleurs éclatantes. Espacées les unes des autres d'une centaine de mètres, elles s'intégraient totalement à la végétation pour se fondre dans le paysage. Les constructions s'adaptaient à l'environnement proche, utilisant seulement des matériaux avoisinants. Il n' y avait pas de concentration d'habitation. J’ai été marquée par le fait qu’elles s'éparpillaient de façon homogène sur tout l'espace et profitaient de toute l'abondance de la nature qui l'encerclait.

J’ai été fascinée par ce mode de vie simple et harmonieux, dans le respect des individus et d’un environnement préservé, tout en offrant à l’homme des technologies maîtrisées qui réduisent son effort et rallongent sa durée de vie.

Il y avait dans chaque village, composé d’un lot d'une centaine d'habitations, une construction plus spacieuse, qui s'élevait dans le ciel, au-delà de la cime des arbres. Ce forum, appelé La Source, administrait et animait la cité : les habitants, pourvus d'une intelligence sociale, se rendaient librement aux réunions où se prenaient les décisions d'intérêt commun ; on y exerçait toutes les activités sportives et culturelles.

Démographie[modifier]

Certaines réunions portaient sur l'équilibre entre la population et les ressources. Chaque village régulait la démographie de façon à ce qu'elle demeure constante. Les familles se concertaient en début d'année pour déterminer la cadence des naissances, à savoir le nombre de nouveaux bébés à concevoir dans le Jardin d'enfants. Ce centre recevait de chaque personne de plusieurs villages voisins ovocytes et spermatozoïdes identifiés afin d'assurer un brassage génétique et d'éviter toute consanguinité. L'exceptionnelle intelligence sociale de cette civilisation permettait de ne pas succomber à la tentation de l'eugénisme. Chaque individu était parent et contribuait à l'éducation des jeunes enfants.

Société[modifier]

Les enfants de sept à dix-huit ans étaient pris en charge par les micro-communautés au sein desquelles ils circulaient à l’occasion de séjours de durée variable librement décidée programmés par concertation avec les adultes. Ceci leur permettait de découvrir de multiples activités sociales. Ils avaient d'ailleurs la possibilité d'intégrer des habitations de villages voisins pour élargir leur horizon. Ils étaient rattachés à une école au sein de laquelle ils choisissaient un référent. À dix-huit ans, ils choisissaient d'intégrer une micro-communauté ou, s'ils souhaitaient suivre des études supérieures, ils partaient dans un village d'études.

Chaque micro-communauté occupait une habitation en fonction de son activité sociale. Les personnes qui changeaient d'activité en cours de vie changeaient d'habitations. La connaissance était accessible à tous, tout au long de la vie. On pouvait apprendre pour se former à un métier, tout aussi bien que par plaisir. Les cours de musique, arts plastiques, danse, poésie, sciences, mathématiques, littérature, langues, histoire, philosophie, sociologie, agriculture... étaient ouverts à tout le monde après une autoévaluation. Ils rassemblaient des personnes de tous âges suivant des cursus personnalisés. L'accès à la connaissance était universel, permanent, réjouissant et ludique. J’y ai appris la peinture au henné.

Les individus entretenaient des relations amicales plus ou moins fortes, quelquefois dans un lien particulier et unique entre deux personnes, quelquefois avec relation sexuelle, toujours dans le respect des sentiments de l’autre, avec des rapports consentis et égalitaires. Les émotions fortes, non rejetées comme indésirables n'étaient pas inexistantes et entraînaient parfois des souffrances nous rappelant notre vitalité.

Santé[modifier]

Les fondements consensuels de cette société étaient le respect des équilibres naturels et une alimentation saine produite de façon maîtrisée et solidaire. Il en résultait une excellente santé qui n'excluait pas l'apparition de maladies nécessitant une médecine performante. On avait alors recours à des caissons individuels de guérison qu’on programmait de façon très précise pour soigner une pathologie physique, que ce soit une fracture, un diabète, une maladie auto-immune ou un cancer. De nombreuses sources d’eau chaude étaient accessibles à tous pour traiter les maux plus fréquents telles les bronchites ou les rhumatismes. Implants et vaccins permettaient couramment de soigner des maladies psychiques graves ou des maladies neurologiques, comme Alzheimer ou Parkinson.

Agriculture[modifier]

Des robots prenaient en charge les travaux agricoles et l'élevage. Ils étaient connectés aux maisons dont ils connaissaient les besoins alimentaires de sorte qu'aucune agriculture intensive, qui aurait appauvri les sols, n'était pratiquée. La nature était préservée au maximum : pour un arbre abattu, un autre était replanté. Dans ce système, l’eau, le vent, le soleil étaient les seules énergies utilisées. Certains habitants choisissaient de produire eux-mêmes une partie de leurs besoins. Un jardin partagé était cultivé grâce à des outils réalisés sur l’imprimante 3D collective. La chasse et la pêche restaient exceptionnelles. Elles ne faisaient que suppléer à la régulation naturelle des animaux sauvages. La distribution de la nourriture se faisait également de façon automatisée, que ce soit les fruits cueillis à maturité ou la viande de bœuf élevé en plein air, dans des proportions calculées pour répondre aux besoins nutritifs mais aussi pour éviter la surproduction.

Intercommunalité[modifier]

Pour se déplacer d’un village à un autre, d’une cité à une autre, les habitants utilisaient un mode de transport collectif : sur terre le train à sustentation magnétique et dans les airs, les montgolfières, portant les couleurs du village. Sur l’eau, ils empruntaient l’hydroglisseur et sous l’eau, il y avait un courant marin, desservant un certain nombre de cités amphibies, qui nécessitait le port d’un masque à branchies. À tout instant, on pouvait utiliser des lunettes connectées pour se repérer dans l’espace et avoir accès aux savoirs et au patrimoine culturel de l’humanité. Enfin, des bornes aquatiques permettaient de communiquer à partir de n’importe quel point d’eau. La notion d’urgence n’existant pas, la personne avec qui l’on souhaitait correspondre aurait le message dès qu’elle se connecterait à une autre borne.